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Tome premier.
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AUX CONFESSIONS. (1770.) 653

bonne réputation dont M. de Saint-Germain jouissoit, qui porta Rous-seau à le rechercher lui-même. 11 lui écrivit donc, sous le nom de Re-nou qu'il portait encore, la lettre du 9 novembre 1768, qu’on trouveradans sa Correspondance, et par laquelle il lui demande le jour et l'heured’une audience paisible, pour déposer dans son cœur des confidencesqui n’en étoientpas indignes , et qui soulageraient le sien. La demande,fut accueillie comme elle devoit l’être. « Si vous avez , monsieur, lui« répondit M. de Saint-Germain , à me conlier de; choses qui ne s’ac-« cordent point avec la religion que je profe-se , je ne peux y prendre« aucune pa' t. Si elle n'est point compromise, elle me pre crit de vous« être agréable et utile autant qu’il e.st en mon pouvoir. Vous faut-il,« pour ce que vous avez à me conlier, un homme ami de la vérité, et« qui n’ait d’autre crainte que de faire le mal? en ce cas, vous pouvez« disposer de moi. » Rousseau lui répondit : « Ne craignez rie ma part« rien qui puisse vous déplaire. Je respecte trop pour cela et vous et« vos sentiments; les miens, qui ne vous sont pas connu;, en sont« moins éloignés que vous ne pensez. »

L’entrevue eut lieu en conséquence, et l'affliction de M. de Paint-Germain fut égale à l’intérêt qu’il prit au sort de Rousseau, quand il levit tomber dans des agitations convulsives et s’écrier : « J’ai des enne-ii mis implacables dans tous les ordres, et de toutes les esp ces. Us me« poursuivent de toutes matières, etc.—Vous me surprenez, monsieur,ii dit M. de Saint-Germain ; et je vous déclare que je ne voudrois pas« changer ma philosophé, qui n'est que du bon sens, contre la vôtre,

« dont on fait tant de bruit. Le desespoir où vous êtes dérange et tue« votre esprit. Que diriez-vous d’un homme de bien que l'on auroit« volé , pillé, trahi, b'essé même dans son honneur, et qtd se condnm-« neroit à mourir de rage , parcequ’il y a dans le monde des méchants« et des calomniateurs? » Cette question frappa tellement Rousseau,qu'il ne répondit rien. Profitant de son avantage, M. de Saint-Ger-ma'n insista : — « Que diriez-vous de cet homme de bien? comment« le nommeriez-vous? Au surplus, monsieur, il y a un moyen aussi« simple qu’infaillible pour confondre ceux qui nous décrient. — Quelii est-il? — C’est de devenir meilleur. » Rousseau tout en pleurs, etsubjugué par l'empire de la raison, se jeta au cou de M. de Saint-Ger-main. — « Il n'y a , dit il, que des militaires qui parlent avec cette« franclrse. — Puisqu’elle ne vous offense pas, j’observerai que, plein« d’amour-propre, vous êtes puni par où vous avez péché. Vous« croyiez avoir tellement étonné les humains, qu’i's alloient vous éle-

l’extrait qu’adonné du même manuscrit Dusaulx, qui sans doute a eu l'original entreles mains. Outre l'introduction et la notice dont on vient de parl’r, le manuscrit con-tient treize lettres de Rouiseau à M. de Saint-Germain, avec quelques réponses de cedernier. Nous avons extrait de tout cela ce qui, comine caractéristique et digne d'in-térêt à plus d’un égard, nous a paru mériter d’être connu du lecteur.