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Tome premier.
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G90 DÉCLARATION

ici pour juge dans son propre fait ? Et dans quel fait? Sur la mo-dération qu’il voit régner dans ma conduite, présume-t-il que jepuisse penser à lui de sang-froid? Moi, qui ne lis pas une de seslettres sans le plus cruel effort; moi, qui ne puis sans frémir en-tendre prononcer son nom ; que je puisse tranquillement corres-pondre et commercer avec lui! Non : j’ai cru devoir lui déclarernettement mon sentiment, et le tirer de l’incertitude où il feignoitd’être. Je n’en dois ni n’en veux faire avec lui davantage. Que ladécence de mes expressions ne l’abuse plus. Dans le fond de moncœur je lui rends justice; mais dans mes procédés c’est à moi queje la rends. Comme mon amour-propre n’est point aveugle, et quej’ai appris à m’attendre à tout de la part des hommes, leurs ou-trages ne m’ont point pris au dépourvu; ils m’ont trouvé assezpréparé pour les supporter avec dignité. L’adversité ne m’a niabattu ni aigri : c’est une leçon dont j’avois besoin peut-être. J’ensuis devenu plus doux, mais je n’en suis pas devenu plus foible.Mes épreuves sont faites ; je suis à présent sûr de moi. Je ne veuxplus de guerre avec personne , et désormais je cesse de me dé-fendre. Mais, à quelque extrémité qu’on me réduise, il n’y aurajamais ni traité ni commerce entre J.-J. Rousseau et les mé-chants.

M. Yernes veut savoir les motifs qui m’empêchent de me ren-dre à son désaveu ; il m’exhorte à m’expliquer à cet égard avectoute la clarté possible et sans aucun ménagement : c’est uneexplication que je lui dois puisqu’il la demande, mais que je neveux lui donner qu’en public.

Je commence par déclarer que je ne suis point exempt de blâmepour lui avoir attribué publiquement le libelle, non que je croieavoir manqué à la vérité ni à la justice , mais dans un premiermouvement j’ai manqué à mes principes. En cela j’ai eu tort. Sije pou vois réparer ce tort sans dire un mensonge, je le ferois detout mon cœur. Avouer ma faute est tout ce que je puis faire ; tantque la persuasion où je suis subsiste, toute autre réparation ne dé-pend pas de moi. Reste à voir si cette persuasion est bien ou malfondée, ou si on doit la présumer de ma part de bonne ou de mau-vaise foi. Qu’on saisisse donc la question. Il ne s’agit pas de savoirprécisément si M. Vernes est ou n’est pas l’auteur du libelle, maissi je dois croire ou ne pas croire qu’il l’est. Que ne puis-je si bienséparer ces deux questions, que la dernière ne conclue rien pourl'autre ! Que ne puis-je établir les motifs de ma persuasion sans