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Tome premier.
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RELATIVE A M. VEBNES. 691

entraîner celle des lecteurs ! je le ferois avecjoie. Je ne veux pointprouver que Jacob Yernes est un infâme, mais je dois prouverque J.-J. Rousseau n’est point un calomniateur.

Pour exposer d’abord ce qu’il y a eu de personnel entre ceministre et moi, il faut remonter à nos premières liaisons et suiviel'historique de nos démêlés.

En 1752 ou 53, M. Yernes passa à Paris, revenant, je crois,d’Angleterre ou de Hollande. Le Devin du village m’avoitmis en vogue : il desira me connoître; il employa pour ce'a monami M. de Gauffecourt, et nous eûmes quelques liaisons qui fini-rent à son départ, mais qu’il eut soin de renouveler à Genèvedans un voyage que j’y fîsl’année suivante. Car j’ai deux maximesinviolables dans la prospérité même : l'une, de ne jamais recher-cher personne ; l’autre, de ne jamais courir après les gens qui s’envont. Ainsi tous ceux qui m’ont quitté durant mes disgrâces sontpartis comme ils étaient venus.

Tout Genève fut témoin des avances de M. Vernes, de sessoins, de ses empressements, de ses caresses : il réussit ; c’esttoujours là mon côté foible : résister aux caresses n’est pas au pou-voir de mon cœur. Heureusement on ne m’a pas gâté là-dessus.

De retour à Paris, je continuai d’être en liaison avec M. Yer-nes. L’intimité diminua : mais elle étoit née de la seule habitude;l’éloignement la ralentit. Je ne trouvai pas d’ailleurs dans soncommerce ces attentions qui marquent l’attachement et qui pro-duisent la confiance : il tira de VEncyclopédie l’article Economiepolitique, et le fit imprimer à part sans me consulter; il répanditdes lettres de M. le comte de Tressan, avec les réponses. Ceslettres, qui n’étoient point de nature à être imprimées, l’ont été àmon insu, et M Vernes est le seul à qui je les aie confiées. Millebagatelles pareilles se fontsentir sans valoir la peine d’être dites,et, sans montrer une mauvaise volonté décidée, montrent une in-discrétion que n’a point la véritable amitié.

Cependant nous nous écrivions encore de temps en temps, etjusqu’au commencement de mes désastres : alors je n’entendisplus parler de lui ni de beaucoup d’autres. C’est à la coupelle del’adversité que la plupart des amitiés s’en vont en fumée : il restepeu d’or, mais il est pur. Toutefois, quand M. Vernes me sutplus tranquille, il s’avisa de m’écrire une lettre fort pédantesque etfort sèche, à laquelle je ne daignai pas répondre. Voilà la sourcede sa haine contre moi.