704 DÉCLARATION
ne servent qu’à me confirmer dans mon opinion. J’ai déjà parléde la première lettre de M. Vernes; j'en reparlerai encore:pas-sons aux autres. Comment concevoir le ton dont elles sont écrites?comment accorder la douceur plus qu’angélique qui règne dansces lettres avec le motif qui les dicte, et avec la conduite précé-dente de celui qui les écrit? Quoi! ce même homme qui, pouravoir été jugé mauvais auteur, se livre aux fureurs les plus exces-sives, chargé maintenant d’un libelle atroce, lie une paisible cor-respondance avec celui qui lui intente publiquement cette accusa-tion, et la discute avec lui dans les termes les plus honnêtes ! Unesi sublime vertu peut-elle être l’ouvrage d’un moment? Que jel’envie à quiconque en est capable! Oui, je ne crains point de ledire, si M. Vernes n’est pas l’auteur du libelle, il est le plus grandou le plus vil des mortels.
Mais supposons qu’il en fût l’auteur; que, quelques mesuresqu’il eût prises pour se bien cacher, le ton ferme avec lequel jele nomme lui donnât quelque inquiétude sur son secret; que,craignant que je n’eusse contre lui quelques preuves, il vou-lût éclaircir doucement ce soupçon sans m’irriter ni se com-promettre, comment paroît-il qu’il devoit s’y prendre? Précisé-ment comme il a fait : il feindroit d’abord de douter que l’accu-sation fùtde moi, pour me laisserla liberté de ne la pasreconnoître,et pouvoir, sans me forcer à le soutenir, la famé regarder commeanonyme, et par conséquent comme nulle. Si je la reconnoissois,il me reproeheroit avec modération mon erreur, et tàcheroit dem’engager à me dédire, sans pourtant l’exiger absolument, de peurde me réduire à casser les vitres. Si je m’en défendois en termesd'autant plus dédaigneux qu’ils disent moins et font plus entendre,feignant de ce les avoir pas compris, il m’en demanderoit l’ex-plication ; et quand enfin je l’aurois donnée, il tàcheroit d’entreren discussion sur mes preuves, afin qu’en étant instruit, il pût tra-vailler à les faire disparoître : car qui jamais, dans une accusationpublique, s'avisa d’en vouloir discuter les preuves tête à tête avecl’accusateur? Enfin si, voyant clairement son dessein, je cessoisde lui répondre, il prendroit acte de ce silence, et tàcheroit depersuader au public que j'ai rompu la correspondance, fautede pouvoir soutenir l’éclaircissement. Je supplie ici le lecteurde suivre attentivement les lettres de M. Vernes, de voir sije les explique, et s’il voit quelque autre explication à leurdonner.