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forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur. En melevant avant le soleil pour aller voir, contempler son lever dansmon jardin, quand je voyois commencer une belle journée, monpremier souhait étoit que ni lettres, ni visites, n'en vinssent trou-bler le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins queje remplissois tous avec plaisir, parceque je pouvois les remettreà un autre temps, je me hâtois de diner pour échapper aux impor-tuns, et me ménager unplus longaprès-midi. Avant uneheure, mêmeles jours les plus ardents, je partois par le grand soleil avec lelidèle Achate, pressant le pas dans la craiute que quelqu'un nevînt s’emparer de moi avant que j’eusse pu m’esquiver; maisquand une fois j’avois pu doubler un certain coin, avec quel bat-tement de cœur, avec quel pétillement de joie je commecçois àrespirer en me sentant sauvé, en me disant. Me voilà maître demoi pour le reste de ce jour ! J’allois alors d’un pas plus tranquillechercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désertoù rien ne montrant la main des hommes n’annonçât la servitudeet la domination, quelque asile où je pusse croire avoir pénétréle premier, et où nul tiers importun ne vînt s’interposer entre lanature et moi. C’étoit là qu’elle sembloit déployer à mes yeux unemagnificence toujours nouvelle. L’or des genêts et la pourpre desbruyères frappoient mes yeux d’un luxe qui touchoit mon cœur ;la majesté des arbres qui me couvraient de leur ombre, la délica-tesse des arbustes qui m’environnoient, l’étonnante variété desherbes et des fleurs que je foulois sous mes pieds , tenoient monesprit dans une alternative continuelle d’observation et d’admira-tion : le concours de tant d’objets intéressants qui se disputoientmon attention, m’attirantsanscessedel’unà l’autre, favorisoit monhumeur rêveuse et paresseuse, et me faisoit souvent redire en moi-même : Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vêtucomme l’un d’eux (’).
Mon imagination ne laissoit pas long-temps déserte la terreainsi parée. Je la peuplois bientôt d’êtres selon mon cœur, et,chassant bien loin l’opinion, les préjugés, toutes les passions fac-tices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes di-gnes de les habiter. Je m’en formois une société charmante dontje ne me sentais pas indigne, je me faisois un siècle d’or à ma fan-taisie ; et, remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de ma
(*) Ne.c Salomon , in omni gloria sua,coopertus estsicut union ex ütis, Mattd.,cap. vi, v. 29.