7:18 LETTEES
vie qui m’avoient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles quemon cœur pouvoit desirer encore, je m’attehdrissois jusqu’auxlarmes sur les vrais plaisirs de l’humanité, plaisirs si délicieux,si purs, et qui sont désormais si loin des hommes. Oh ! si dansces moments, quelque idée de Paris, de mon siècle, et de ma pe-tite gloriole d’auteur, venoit troubler mes rêveries, avec queldédain je la chassois à l’instant, pour me livrer, sans distraction,aux sentiments exquis dont mon ame étoit pleine! Cependant,aumilieu de tout cela, je l’avoue, le néant de mes chimères venoitquelquefois la contrister tout-à-coup. Quand tous mes rêves se se-roient tournés en réalités, ils ne m’auroient pas suffi; j’auroisimaginé, rêvé, désiré encore. Je trouvois en moi un vide inexpli-cable que rien n’auroit pu remplir, un certain élancement decœur vers une autre sorte de jouissance dont je n’avois pas d’idée,et dont pourtant je sentois le hesoin. Eh bien! monsieur, celamême étoit jouissance, puisque j’en étois pénétré d'un sentimenttrès vif, et d’une tristesse attirante, que je n’aurois pas voulu nepas avoir.
Bientôt de la surface de la terre j’élevois mes idées à tous lesêtres de la nature, au système universel des choses, à l’être in-compréhensible qui embrasse tout. Alors, l’esprit perdu dans cetteimmensité, je ne pensois pas, je ne raisonnois pas, je ne philoso-phois [as; je me sentois, avec une sorte de volupté, accablé dupoids de cet univers ; je me livrois avec ravissement à la confu-sion de ces grandes idées; j’aimois à me perdre en imaginationdans l'espace; mon cœur resserré dans les bornes des êtres s’y trou-voi trop à l’étroit ; j etouffois dans l’univers ; j’aurois voulu m’é-laneerdans l’infini. Je crois que si j’eusse dévoilé tous les mystèresde la nature, je me serois senti dans une situation moins délicieuseque cette étourdissante extase à laquelle mon esprit se livroitsans retenue, et qui, dans l’agitation de mes transports, me fai-soit écrier quelquefois : O grand Être! ô grand È?ve! sans pouvoirdire ni penser rien de plus.
Ainsi s’écouloient dans un délire continuel les journées les pluscharmantes que jamais créature humaine ait passées ; et quand lecoucher du soleil me faisoit songer à la retraite, étonné de la ra-pidité du temps, je croyois n’avoir pas assez mis à profit ma jour-née. je pensois en pouvoir jouir davantage encore ; et, pour répa-rer le temps perdu, je me disois : Je reviendrai demain.
Je revenois à petits pas, la tète un peu fatiguée, mais le cœur