LES REVERIES.
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tour du public, même dans un autre âge ; puisqu'il est conduit,dans ce qui me regarde, par des guides qui se renouvellent sanscesse dans les corps qui m’ont pris en aversion. Les particuliersmeurent, mais les corps collectifs ne meurent point. Les mêmespassions s’y perpétuent, et leur haine ardente, immortelle commele démon qui l’inspire, a toujours la même activité. Quand tousmes ennemis particuliers seront morts, les médecins, les orato-riens vivront encore ; et, quand je n’aurois pour persécuteursque ces deux corps-là, je dois être sûr qu’ils ne laisseront pasplus de paix à ma mémoire après ma mort, qu’ils n’en laissent àma personne de mon vivant. Peut-être, par trait de temps, lesmédecins, que j’ai réellement offensés, pourroient-ils s’apaiser :mais les oratoriens, que j’aimois, que j’estimois, en qui j’avoistoute confiance, et que je n’offensai jamais ; les oratoriens, gensd'église et demi-moines, seront à jamais implacables; leur pro-pre iniquité fait mon crime, que leur amour-propre ne me par-donnera jamais; et le public, dont ils auront soin d’entretenir etranimer l’animosité sans cesse, ne s’apaisera pas plus qu’eux.
Tout est fini pour moi sur la terre : on ne peut plus m’y faireni bien ni mal. Il ne me reste plus rien à espérer ni à craindre ence monde , et m’y voilà tranquille au fond de l’abîme, pauvremortel infortuné, mais impassible comme Dieu même.
Tout ce qui m’est extérieur m’est étranger désormais. Je n’aiplus, en ce monde, ni prochain, ni semblables, ni frères. Je suissur la terre comme dans une planète étrangère, où je serois tombéde celle que j'habitais. Si je reconnois autour de moi quelquechose, ce ne sont que des objets affligeants et déchirants pourmon cœur ; et je ne peux jeter les yeux sur ce qui me touche etm’entoure, sans y trouver toujours quelque sujet de dédain quim’indigne, ou de douleur qui m’afflige. Écartons donc de monesprit tous les pénibles objets dont je m’occuperois aussi doulou-reusement qu’inutilement. Seul pour le reste de ma vie , puisqueje ne trouve qu’en moi la consolation, l’espérance et la paix, jene dois ni ne veux plus m’occuper que de moi. C’est dans cet étatque je reprends la suite de l'examen sévère et sincère que j’appelaijadis mes Confessions. Je consacre mes derniers jours à m’étudiermoi-même, et à préparer d’avance le compte que je ne tarderaipas à rendre de moi. Livrons-nous tout entier à la douceur deconverser avec mon ame, puisqu'elle est la seule que les hommesne puissent m’ôter. Si, à force de réfléchir sur mes dispositions