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Tome premier.
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744
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744 LES RÈVEBIES.

Je me livrai au travail que j’avois entrepris avec un zèle pro-portionné et à l’importance de la .chose, et au besoin que je sen-tois en avoir. Je vivois alors avec des philosophes modernes quine ressembloient guère aux anciens : au lieu de lever mes douteset de fixer mes irrésolutions, ils avoient ébranlé toutes les certi-tudes que je croyois avoir sur les points qu’il m’importoit leplus de connoître : car, ardents missionnaires d’athéisme et trèsimpérieux dogmatiques, ils n'enduroient point sans colère que,sur quelque point que ce pût être, on osât penser autrement qu’eux.Je m’étois défendu souvent assez foiblement, par haine pour ladispute, et par peu de talent pour la soutenir; mais jamais je n’a-doptai leur désolante doctrine : et cette résistance à des hommesaussi intolérants, qui d’ailleurs avoient leurs vues, ne fut pas unedes moindres causes qui attisèrent leur animosité.

Ils ne m’avoient pas persuadé, mais ils m’avoient inquiété.Leurs arguments m’avoient ébranlé sans m’avoir jamais con-vaincu; je n’y trouvois point de bonne réponse, mais je sentoisqu’il y en devoit avoir. Je m’accusois moins d’erreur que d’inep-tie, et mon cœur leur répondoit mieux que ma raison.

Je me dis enfin : Me laisserai-je éternellement ballotter par lessophismes des mieux disants, dont je ne suis pas même sur queles opinions qu'ils prêchent et qu’ils ont tant d’ardeur à faireadopter aux autres soient bien les leurs à eux-mêmes ? Leurs pas-sions, qui gouvernent leur doctrine, leur intérêt de faire croireceei ou cela, rendent impossible à pénétrer ce qu’ils croient eux-mêmes. Peut-on chercher de la bonne foi dans des chefs de parti?Leur philosophie est pour les autres ; il m’en faudrait une pourmoi. Cherchons-la de toutes mes forces tandis qu’il est temps en-core, afin d’avoir une règle fixe de conduite pour le reste de mesjours. Me voilà dans la maturité de l’âge , dans toute la force del’entendement : déjà je touche au déclin ; si j’attends encore, jen’aurai plus, dans ma délibération tardive, l’usage de toutes mesforces ; mes facultés intellectuelles auront déjà perdu de leuractivité; je ferai moins bien ce que je puis faire aujourd’hui demon mieux possible; saisissons ce moment favorable : il est l’é-poque de ma réforme externe et matérielle, qu’il soit aussi cellede ma réforme intellectuelle et morale. Fixons une bonne foismes opinions, mes principes; et soyons pour le reste de ma vie ceque j'aurai trouvé devoir être après y avoir bien pensé.

J’exécutai ce projet lentement et à diverses reprises, mais avec