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Tome premier.
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745
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TROISIÈME PROMENADE. 745

tout l’effort et toute l'attention dont j’é’ois capable. Je sentoisvivement que le repos du reste de mes jours et mon sort total endépendoient. Je m’y trouvai d’abord dans uu tel labyrinthe d’em-barras, de difficultés, d’objections, de tortuosités, de ténèbres,que, vingt fois tenté de tout abandonner, je fus près, renonçantà de vaines recherches, de m’en tenir, dans mes délibérations, auxrègles de la prudence commune, sans plus en chercher dans desprincipes que j’avois tant de peine à débrouiller; mais cette pru-dence même m’étoit tellement étrangère, je me sentois si peupropre à l’acquérir, que la prendre pour mon guide n’étoit autrechose que vouloir, à travers les mers et les orages, chercher, sansgouvernail, sans boussole, un fanal presque inaccessible, et quine m’indiquoit aucun port.

Je persistai : pour la première fois de ma vie j’eus du courage,et je dois à son succès d'avoir pu soutenir l’horrible destinée quidès-lors commençoit à m’envelopper, sans que j’en eusse le moin-dre soupçon. Après les recherches les plus ardentes et les plussincères qui jamais peut-être aient été faites par aucun mortel, jeme décidai pour toute ma vie sur tous les sentiments qu’il m’im-portoit d’avoir; et si j’ai pu me tromper dans mes résultats, je suissûr au moins que mon erreur ne peut m’être imputée à crime :car j’ai fait tous mes efforts pour m’en garantir. Je ne doute po : nt,il est vrai, que les préjugés de l’enfance et les vœux secrets demon cœur n’aient fait pencher la balance du côté le plus conso-lant pour moi. On se défend difficilement de croire ce qu’on de-sire avec tant d’ardeur ; et qui peut douter que l’intérêt d’admettreou rejeter les jugements de l’autre vie ne détermine la foi de laplupart des hommes sur leur espérance ou leur crainte ? Tout celapouvoit fasciner mon jugement, j’en conviens, mais non pas alté-rer ma bonne foi ; car je craignois de me tromper sur toute chosp.Si tout consistait dans l’usage de cttte vie, il m’importoit de lesavoir, pour en tirer du moins le meilleur parti qu'il dépendroitde moi tandis qu’il étoit encore temps, et n’être pas tout-à-faitdupe. Mais ce que j’avois le plus à redouter au monde, dans ladisposition où je me sento's, étoit d’exposer le sort éternel de moname pour la jouissance des biens de ce monde, qui r.e m’ont ja-mais paru d'un grand prix.

J'avoue encore que je ne levai pas toujours à ma satisfactiontoutes ces difficultés qui m’avoient embarrassé, et dont nos phi-losophes avoient si souvent rebattu mes oreilles. Mais, résolu de1 . 32