quatrième promenade. 763
que le mal. Ceci est une singularité de mon naturel qu'il est fortpardonnable aux hommes de ne pas croire, mais qui, tout in-croyable qu’elle est, n’en est pas moins réelle : j’ai souvent dit lemal dans toute sa turpitude, j’ai rarement dit le bien dans toutce qu’il eut d’aimable, et souvent je l’ai tu tout-à-fait parcequ’ilm’honoroit trop, et que, faisant mes Confessions , j’aurois l’aird’avoir fait mon éloge. J’ai décrit mes jeunes ans sans me vanterdes heureuses qualités dont mon cœur étoit doué, et même ensupprimant les faits qui les mettoient trop en évidence. Je m'enrappelle ici deux de ma première enfance, qui, tous deux, sontbien venus à mon souvenir en écrivant, mais que j’ai rejetés l’unet l’autre par Tunique raison dont je viens de parler.
J’allois presque tous les dimamches passer la journée aux Pà-quis, chez M. Fazy, qui avoit «épousé une de mes tantes, et quiavoit là une fabrique d’indiennes. Un jour j’étois à Tétendage,dans la chambre de la calandre,, et j’en regardois les rouleaux defonte; leur luisant flattoit ma vue; je fus tenté d’y poser mesdoigts, et je les promenois avec plaisir sur le lissé du cylindre,quand le jeune Fazy s’étant mis dans la roue lui donna un demi-quart de tour si adroitement, qu’il n’y prit que le bout de mesdeux plus longs doigts; mais c’en fut assez pour qu’ils y fussentécrasés par le bout et queles deux onglesy restassent. Je fis un criperçant ; Fazy détourne à l’instant la roue, mais les ongles nerestèrent pas moins au cylindre, et le sang ruisseloit de mes doigts.Fazy, consterné, s’écrie, sort de la roue, m’embrasse, et me con-jure d’apaiser mes cris, ajoutant qu’il étoit perdu. Au fort de madouleur la sienne me toucha; je me tus, nous fûmes à !a carpière,où il m’aida à laver mes doigts, et à étancher mon sang avec dela mousse. Il me supplia, avec larmes, de ne point l’accuser : jele lui promis, et le tins si bien que, plus de vingt ans après, per-sonne ne savoit par quelle aventure j’avois deux de mes doigtscicatrisés ; car ils le sont demeurés toujours. Je fus détenu dansmon lit plus de trois semaines, et plus de deux mois hors d’étatde me servir de ma main, disant toujours qu’une grosse pierre, entombant, m’avoit écrasé mes doigts.
• Magnanima menzogiia ! or qua ido c il vcro
Si bello, cbc si possa a te preporrc?
Cet accident me fut pourtant bien sensible par la circonstance,car c’étoit le temps des exercices, où Ton faisoit manœuvrer labourgeoisie ; et nous avions fait un rang de trois autres enfants