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Tome premier.
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7G4 LES RÊVERIES.

de mon âge, avec lesquels je devois, en uniforme, faire l'exer-cice avec la compagnie de mon quartier. J’eus la douleur d’en-tendre le tambour de la compagnie, passant sous ma fenêtreavec mes trois camarades, tandis que j’étois dans mon lit.

Mon autre histoire est toute semblable, mais d’un âge plusavancé.

Je jouois au mail, à Plain-Palais, avec un de mes camaradesappelé Plince. Nous primes querelle au jeu ; nous nous battîmes,et durant le combat il me donna sur la tête nue un coup demail si bien appliqué, que, d’une main plus forte, il m’eùt faitsauter la cervelle. Je tombe à l'instant. Je ne vis de ma vie uneagitation pareille à celle de ce pauvre garçon , voyant mon sangruisseler dans mes cheveux. Il crut m’avoir tué. Il se précipite surmoi, m’embrasse, me serre étroitement en fondant en larmes, etpoussant des cris perçants. Je l’embrassai aussi de toute ma force,en pleurant comme lui, dans une émotion confuse qui n’étoit passans quelque douceur. Enfin il se mit en devoir d’étancher monsang qui continuait de couler; et voyant que nos deux mouchoirsn’y pouvoient suffire, il m’entraina chez sa mère , qui avoit unpetit jardin près de là. Cette bonne dame faillit à se trouver malen me voyant dans cet état ; mais elle sut conserver des forcespour me panser; et, après avoir bien bassiné ma plaie, elle yappliqua des fleurs de lis macérées dans l’eau-de-vie ; vulné-raire excellent, et très usité dans notre pays. Ses larmes et cellesde son fis pénétrèrent mon cœur au point que long-temps je laregardois comme ma mère, et son fils comme mon frère, jusqu’àce qu’ayant perdu l’un et l’autre dè vue, je les oubliai peu à peu.

Je gardai le même secret sur cet accident que sur l’autre, etil m’en est arrivé cent autres de pareille nature en ma vie, dontje n’ai pas même été tenté de parler dans mes Confessions , tantj’y cherchois peu l’art de faire valoir le bien que je sentois dansmon caractère. Non , quand j’ai parlé contre la vérité qui m’é-toit connue, ce n’a jamais été qu’en choses indifférentes , et plus,ou par l’embarras de parler, ou pour le plaisir d’écrire, que paraucun motif d’intérêt pour moi, ni d’avantage ou de préjudiced’autrui; et quiconque lira mes Confessions impartialement, sijamais cela arrive , sentira que les aveux que j’y fais sont plushumiliants, plus pénibles à faire, que ceux d’un mal plus grand,mais moins honteux à dire, et que je n’ai pas dit pareeque je nel’ai pas fait.