LETXEE A M. GBIMM.
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6° Je pourrois suivre une autre méthode, et examiner séparé-ment les raisonnements de M. Gautier, et le style de la réfuta-tion.
Si j'examinois ses raisonnements, il meseroit aisé de montrerqu’ils portent tous à faux, que l’auteur n’a point saisi l’état de laquestion, et qu’il ne m’a point entendu.
Par exemple, M. Gautier prend la peine de m’apprendre qu’ily a des peuples vicieux qui ne sont pas savants ; et je m’étois déjàbien douté que les Calmoucks, les Bédouins, les Cafres, n’étoientpas des prodiges de vertu ni d’érudition. Si M. Gautier avoitdonné les mêmes soins à me montrer quelque peuple savant quine fût pas vicieux, il m’auroit surpris davantage. Partout il mefait raisonner comme si j’avois dit que la science est la seulesource de corruption parmi les hommes ; s’il a cru cela de bonnefoi, j’admire la bonté qu’il a de me répondre.
Il dit que le commerce du monde suffit pour acquérir cette po-litesse dont se pique un galant homme ; d’où il conclut qu’on n’estpas fondé à en faire honneur aux sciences. Mais à quoi donc nouspermettra-t-il d’en faire honneur? Depuis que les hommes viventen société, il y a eu des peuples polis, et d’autres qui ne l’étoientpas. M. Gautier a oublié de nous rendre raison de cette diffé-rence.
M. Gautier est partout en admiration delapuretéde nos mœursactuelles. Cette bonneopinion qu’il en a fait assurément beaucoupd’honneur aux siennes ; mais elle n’annonce pas une grande ex-périence. On diroit, au ton dont il en parle, qu’il a étudié leshommes comme les péripatéticiens étudioient la physique, sanssortir de son cabinet. Quanta moi, j’ai fermé mes livres; et, aprèsavoir écouté parler les hommes, je les ai regardés agir. Ce n’estpas une merveille qu’ayant suivi des méthodes si différentes nousnous rencontrions si peu dans nos jugements. Je vois qu’on ne sau-roit employer un langage plus honnête que celui de notre siècle ; etvoilà ce qui frappe M. Gautier : mais je vois aussi qu’on ne sau-roit avoir des mœurs plus corrompues ; et voilà ce qui me scan-dalise. Pensons-nous donc être devenus gens de bien parcequ’àforce de donner des noms décents à nos vices, nous avons apprisà n’en plus rougir?
Il dit encore que, quand même on pourroit prouver par des faitsque la dissolution des mœurs a toujours régné avec les sciences,il ne s’ensuivroit pas que le sort de la probité dépendit de leur