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Tome quatrième.
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164 DISCOUBS SDK l’OBIGINB

tablit ou se perfectionna insensiblement dans le sein de chaquefamille, et l’on peut conjecturer encore comment diverses causesparticulières purent étendre le langage et en accélérer le progrèsen le rendant plus nécessaire. De grandes inondations ou des trem-blements de terre environnèrent d’eaux ou de précipices des can-tons habités ; des révolutions du globe détachèrent et coupèrenten îles des portions du continent. On conçoit qu’entre des hommesainsi rapprochés, et forcés de vivre ensemble, il dut se former unidiome commun, plutôt qu’entre ceux qui erroient librement dansles forêts de la terre ferme. Ainsi il est très possible qu’après leurspremiers essais de navigation , des insulaires aient porté parminous l’usage de la parole ; et il est au moins très vraisemblableque la société et les langues ont pris naissance dans les îles, et s’ysont perfectionnées avaut que d’être connues dans le continent.

Tout commence à changer de face. Les hommes errant jus-qu’ici dans les bois, ayant pris une assiette plus fixe, se rappro-chent lentement, se réunissent en diverses troupes, et forment en-fin dans chaque contrée une nation particulière, unie de mœurset de caractères, non par des réglements et des lois, mais par lemême genre de vie et d’aliments, et par l’influence commune duclimat.Un voisinage permanent ne peut manquer d’engendrer enfinquelque liaison entre diverses familles.Des jeunes gensde différentssexes habitent des cabanes voisines; le commerce passager quedemande la nature en amène bientôt un autre non moins doux etplus permanent par la fréquentation mutuelle. On s’accoutume àconsidérer différents objets et à faire des comparaisons ; on ac-quiert insensiblement des idées de mérite et de beauté qui produi-sent des sentiments de préférence. A force de se voir, on ne peutplus se passer de se voir encore. Un sentiment tendre et douxs’insinue dans l’ame, et par la moindre opposition devient une fu-reur impétueuse : la jalousie s’éveille avec l’amour, la discordetriomphe, et la plus douce des passions reçoit des sacrifices desang humain.

A mesure que les idées et les sentiments se succèdent, que l’es-prit et le cœur s’exercent, le genre humain continue à s’apprivoi-ser, les liaisons s’étendent et les liens se resserrent. On s’accou-tuma à s’assembler devant les cabanes ou autour d’un grandarbre : le chant et la danse, vrais enfants de l’amour et du loisir,devinrent l’amusement ou plutôt l’occupation des hommes et desfemmes oisifs et attroupés. Chacun commença à regarder les au-