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Tome quatrième.
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DE L’INÉGALITÉ PABMI LES HOîlMES. 1 6&

plus fort faisoit plus d’ouvrage : le plus adroit tiroit meilleur partidu sien ; le plus iugénieux trouvoit des moyens d’abréger le tra-vail; le laboureur avoit plus besoin de fer, ou le forgeron plusbesoira de blé; et en travaillant également, l’un gagnoit beaucoup,tandis que l’autre avoit peine à vivre. C’est ainsi que l’inégaliténaturelle se déploie insensiblement avec celle de combinaison, etque les différences des hommes, développées par celles des cir-constances, se rendent plus sensibles, plus permanentes dans leurseffets., et commencent à influer dans la même proportion sur lesort des particuliers.

Les choses étant parvenues à ce point, il est facile d’imaginerle restte. Je ne m’arrêterai pas à décrire l'invention successive desautres arts, le progrès des langues, l’épreuve et l’emploi des ta-lents, l’inégalité des fortunes, l’usage ou l’abus des richesses, nitous les détails qui suivent ceux-ci, et que chacun peut aisémentsuppléer. Je me bornerai seulement à jeter un coup d’œil sur legenre humain placé dans ce nouvel ordre de choses.

Voilà donc toutes nos facultés développées, la mémoire et l’i-magination enjeu, l’amour-propre intéressé, la raison rendue ac-tive, et l’esprit arrivé presque au terme de la perfection dont il est■ susceptible. Voilà toutes les qualités naturelles mises en action,

‘ le rang et le sort de chaque homme établis, non seulement sur laquantité des biens et le pouvoir de servir ou de nuire , mais surl’esprit, la beauté, la force ou l’adresse, sur le mérite ou les ta-lents ; et ces qualités étant les seules qui pouvoient attirer de laconsidération, il fallut bientôt les avoir ou les affecter. Il fallut,pour son avantage, se montrer autre que ce qu’on étoit en effet.Être et paroître devinrent deux choses tout-à-fait différentes; etde cette distinction sortirent le faste imposant, la ruse trompeuse,et tous les vices qui en sont le cortège. D’un autre côté, de libreet indépendant qu’étoit auparavant l’homme, le voilà, par unemultitude de nouveaux besoins, assujetti pour ainsi dire à toutela nature, et surtout à ses semblables, dont il devient l’esclave enun sens, même en devenant leur maître : riche, il a besoin deleurs services; pauvre, il a besoin de leurs secours, et la médio-crité ne le met point en état de se passer d’eux. Il faut donc qu’ilcherche sans cesse à les intéresser à son sort, et à leur faire trou-ver, en effet ou en apparence, leur profit à travailler pour le sien :ce qui le rend fourbe et artificieux avec les uns, impérieux et duravec les autres, et le met dans la nécessité d’abuser tous ceux