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Tome quatrième.
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172 DISCOURS SUR L’ORIGINE

situation qui les armoit tous les uns contre les autres, qui leur ren-doit leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et où nulne trouvoit sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, ilinventa aisément des raisons spécieuses pour les amener à son but.

« Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l’oppression les foi-« blés, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession« de ce qui lui appartient : iustituons des règlements de justice et« de paix auxquels tous soient obligés de se conformer, qui ne« fassent acception de personne, et qui réparent en quelque sorte« les caprices de la fortune, en soumettant également le puissant« et le foible à des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tour-« ner nos forces contre nous-mêmes, rassemblons-les en un pou-« voir suprême qui nous gouverne selon de sages lois, qui pro-« tège et défende tous les membres de l’association, repousse les« ennemis communs, et nous maintienne dans une concorde éter-« nelle. »

Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discourspour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d’ail-leurs avoient trop d’affaires à démêler entre eux pour pouvoir sepasser d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition pour pouvoir long-temps se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leursfers, croyant assurer leur liberté ; car, avec assez de raison poursentir les avantages d’un établissement politique, ils n’avoient pasassez d’expérience pour en prévoir les dangers : les plus capablesde pressentir les abus étoient précisément ceux qui comptoientd’en profiter ; et les sages mêmes virent qu’il falloit se résoudre àsacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l’autre,comme un blessé se fait couper le bras pour sauver le reste ducorps.

Telle fut ou dut être l’origine de la société et des lois, qui don-nèrent de nouvelles entraves au foible et de nouvelles forces auriche ( 18 ), détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrentpour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité, d’une adroiteusurpation firent un droit irrévocable, et, pour le profit de quel-ques ambitieux, assujettirent désormais tout le genre humain autravail, à la servitude et à la misère. On voit aisément commentl’établissement d’une seule société rendit indispensable celuide toutes les autres, et comment, pour faire tête à des forcesunies, il fallut s’unir à son tour. Les sociétés, se multipliant ous’étendant rapidement, couvrirent bientôt toute la surface de la