176 DISCOURS SIR L’ORIGIKE
les a perdues. « Je comnois les délices de tou pays, disoit Brasidasà un satrape qui eomparoit la vie de Sparte à celle de Persépolis;mais tu ne peux connoître les plaisirs du mien. »
Comme un coursier indompté hérisse ses crins, frappe la terredu pied et se débat impétueusement à la seule approche du mors,tandis qu’un cheval dressé souffre patiemment la verge et l’épe-ron, l’homme barbare ne plie point sa tête au joug que l’hommecivilisé porte sans murmure, et il préfère la plus orageuse libertéà un assujettissement tranquille. Ce n'est donc pas par l’avilisse-ment des peuples asservis qu’il faut juger des dispositions natu-relles de l’homme pour ou contre la servitude, mais par les prodi-ges qu’ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l’oppres-sion. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la paixet le repos dont ils jouissent dans leurs fers, et que miserrimamservilutempacem appellanl (*) : mais quand je vois les autres sacri-fier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie mêmeà la conservation de ce seul bien si dédaigné de ceux qui fontperdu ; quand je vois des animaux nés libres, et abhorrant lacaptivité, se briser la tète contre les barreaux de leur prison; quandje vois des multitudes de sauvages tout nus mépriser les voluptéseuropéennes, et braver la faim, le feu, le fer et la mort, pour neconserver que leur indépendance, je sens que ce n’est pas à desesclaves qu’il appartient de raisonner de liberté.
Quant à l’autorité paternelle , dont plusieurs ont fait dériver legouvernement absolu et toute la société, sans recourir aux preu-ves contraires de Locke et de Sidney , il suffit de remarquer querien au monde n’est plus éloigné de l’esprit féroce du despotismeque la douceur de cette autorité, qui regarde plus à l’avantagede celui qui obéit qu’à futilité de celui qui commande; que, parla loi de nature, le père n’est le maître de l’enfant qu’aussi long-temps que son secours lui est nécessaire ; qu’au-delà de ce termeils deviennent égaux, et qu’alors le fils, parfaitement indépen-dant du père, ne lui doit que du respect et non de l’obéissance ;car la reconnoissance est bien un devoir qu’il faut rendre, maisnon pas un droit qu’on puisse exiger. Au lieu de dire que la so-ciété civile dérive du pouvoir paternel, il falloit dire au contraireque c’est d’elle que ce pouvoir tire sa principale force. Un indi-vidu ne fut reconnu pour le père de plusieurs que quand ils res-tèrent assemblés autour de lui. Les Ifiens du père . dont il est vé-(*) TiCIT. Uist., Ul>. IV. c.. (7.