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Tome quatrième.
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184 DISCOURS SUR L’ORIGINE

que c’est à cette ardeur de faire parler de soi, à cette fureur dese distinguer qui nous tient presque toujours hors de nous-mêmes,que nous devons ce qu’il y a d e meilleur et de pire parmi les hom-mes, nos verlus et nos vices , nos sciences et nos erreurs, nosconquérants et nos philosophes, c’est-à-dire une multitude demauvaises choses sur un petit nombre de bonnes. Je prouverasenfin que si l’on voit une poignée de puissants et de riches au faîtedes grandeurs et de la fortune, tandis que la foule rampe dansl’obscurité et dans la misère, c’est que les premiers n’estiment leschoses dont ils jouissent qu’autant que les autres en sont privés,et que, sans changer d’état, ils cesseraient d'être heureux si lepeuple cessoit d etre misérable.

Mais ces détails seraient seuls la matière d’un ouvrage considé-rable dans lequel on pèserait les avantages et les inconvénients detout gouvernement, relativement aux droits de l’état de nature,et où l’on dévoilerait toutes les faces différentes sous lesquellesl’inégalité s’est montrée jusqu’à ce jour, et pourra se montrer dansles siècles futurs, selon la nature de ces gouvernements et les ré-volutions que le temps y amènera nécessairement. On verrait lamultitude opprimée au-dedans par une suite des précautionsmêmes qu’elle avoit prises contre ce qui la menaçoit au-dehors;on verrait l’oppression s’accroître continuellement sans que lesopprimés pussent jamais savoir quel terme elle aurait, ni quelsmoyens légitimes il leur resterait pour l’arrêter; on verrait lesdroits des citoyens et les libertés nationales s’éteindre peu à peu,et les réclamations des foibles traitées de murmures séditieux ; onverrait la politique restreindre à une portion mercenaire du peuplel’honneur de défendre la cause commune; on verrait de là sortirla nécessité des impôts, le cultivateur découragé quitter sonchamp, même durant la paix, et laisser la charrue pour ceindrel’épée; on verrait naître les règles funestes et bizarres du pointd’honneur; on verrait les défenseurs de la patrie en devenir tôtou tard les ennemis, tenir sans cesse le poignard levé sur leursconcitoyens ; et il viendrait un temps où on les entendrait dire àl’oppresseur de leur pays :

Pectove si fralris gladium juguloque. parentis

Condere me jubeas, gravidœque in vistera parlu

Conjugis, invüapcragam îamen omnia d<xtra {*).

De l’extrême inégalité des conditions et des fortunes, de la diver-

(■) l.LCÀX., lit). I,v. 376.