1)E l’iKÉGALITÉ PARMI LES HOMMES. 185
site des passions et des talents, des artsinutiles, des artspernicieux,dessciences frivoles, sortiroient des foules de préjugés égalementcontraires à la raison, au bonheur et à la vertu : on verroit fo-menter par les chefs tout ce qui peut affaiblir des hommes ras-semblés en les désunissant, tout ce qui peut donner à la société unair de concorde apparente et y semer un germe de divisionréelle, tout ce qui peut inspirer aux différents ordres une défianceet une haine mutuelle par l’opposition de leurs droits et de leursintérêts, et fortifier par conséquent le pouvoir qui les contient tous.
C’est du sein de ce désordre et de ces révolutions que le despo-tisme, élevant par degrés sa tête hideuse, et dévorant tout ce qu’ilauroit aperçu de bon et de sain dans toutes les parties de l’état,parviendrait enfin à fouler aux pieds les lois et le peup'e, et à s’é-tablir sur les ruines de la république. Les temps qui précéderaientce dernier changement seraient des temps de troubles et de cala-mités ; mais à la fin tout serait englouti par le monstre, et lespeuples n’auroient plus de chefs ni de lois, mais seulement destyrans. Dès cet instant aussi il cesseroit d’être question de mœurset de vertu : car partout où règne le despotisme, Cui ex honneslonullaest spes, il ne souffre aucun maître ; sitôt qu’il parle, iln’y a ni probité ni devoir à consulter, et la plus aveugle obéissanceest la seule vertu qui reste aux esclaves.
C’est ici le dernier terme de l’inégalité, et le point extrême quiferme le cercle et touche au point d’où nous sommes partis : c’estici que tous les particuliers redeviennent égaux , parcequ ils nesont rien, et que les sujets n’ayant plus d’autre loi que la volontédu maitre, ni le maître d’autre règle que ses passions, les rotionsdu biei et les principes de la justice s’évanouissent derechef : c’estici que tout se ramène à la seule loi du plus fort, et par conséquentà un nouvel état de nature différent de celui par lequel nousavons commencé, en ce que l’un étoit l’état de nature dans sa pu-reté, et que ce dernier est le fruit d’un excès de corruption. Il y asi peu de différence d’ailleurs entre ces deux états, et le contratde goivernementest tellement dissous par le despotisme, que ledespote n’est le maître qu’aussi long-temps qu’il est le plusfort; tt que sitôt qu’on peut l’expulser, il n’a point à réclamercontre la violence. L’émeute qui finit par étrangler ou détrônerun suban est un acte aussi juridique que ceux par lesquels il dis-posoit la veille des vies et des biens dé ses sujets. La seule farce lemainttnoit, la seule force le renverse : toutes choses se passent