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Tome quatrième.
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DE L’INÉGALITÉ PÀBMI LES HOMMES. 187

parle avec dédain de ceux qui n’ont pas l’honneur de le partager.Quel s-.pectacle pour un Caraïbe que les travaux pénibles et enviésd’un ministre européen ! Combien de morts cruelles ce préféreroitpas ceit indolent sauvage à l'horreur d’une pareille vie, qui souventn’est pas même adoucie par le p'aisir de bien faire! Mais, pourvoir le but de tant de soins, il faudrait que ces mots, puissance etréputation, eussent un sens dans son esprit; qu’il apprît qu’il y aune so rte d’hommes qui comptent pour quelque chose les regardsdu restte de l’univers, qui savent être heureux et contents d’eux-mêmes sur le témoignage d’autrui plutôt que sur le leur propre.Telle est, en effet, la véritable cause de toutes ces différences : lesauvage vit en lui-même; l'homme sociable, toujours hors de lui,ne sait vivre que dans l’opinion des autres, et c’est pour ainsi dirèdeleuir seul jugement qu’il tire le sentimentdesapropre existence.Il n’eslt pas de mon sujet de montrer comment d’une telle disposi-tion naît tant d’indifférence pour le bien et le mal, avec de sibeaux discours de morale; comment, tout se réduisant aux ap-parences, tout devient factice et joué, honneur, amitié, vertu, et' souvent jusqu’aux vices mêmes, dont on trouve enfin le secret dese glorifier ; comment, en un mot, demandant toujours aux au-tres ce que nous sommes, et n’osant jamais nous interroger là-dessus nous mêmes, au milieu de tant de philosophie, d’humanité,de politesse et de maximes sublimes, nous n’avons qu’un exté-rieur trompeur et frivole, de l’honneur sans vertu, de la raisonsans sagesse, et du plaisir sans bonheur. Il me suffit d’avoirprouvé que ce n’est point là l’état originel de l’homme, et quec’est le seul esprit de la société, et l’inégalité qu’elle engendre ,qui changent et altèrent ainsi toutes nos inclinations naturelles.

J’ai tâché d’exposer l’origine et le progrès de l’inégalité, l’éta-blissement et l’abus des sociétés politiques, autant que ces choses; peuvent se déduire de la nature de l’homme par les seules lumiè-res de la raison, et indépendamment des dogmes sacrés qui don-|nent à l’autorité souveraine la sanction du droit divin. Il suit decet exposé que l’inégalité, étant presque nulle dans l’état de na-jjjture, tire sa force et son accroissement du développement de nos|facultés et des progrès de l’esprit humain, et devient enfin stableet légitime par l’établissement de la propriété et des lois. Il suitencore que l’inégalité morale, autorisée par le seul droit positif,est contraire au droit naturel toutes les fois qu’elle ne concourtpas en même proportion avec l’inégalité physique ; distinction