DE l'ecOXOMIE POLITIQUE. 223
qui corrompent le magistrat. Pour bien faire, le premier n’a qu’àconsulter son cœur; l’autre devient un traître au moment qu’ilécoute le sien : sa raison même lui doit être suspecte, et il nedoit suivre d’autre règle que la raison publique, qui est la loi.Aussi la nature a-t-elle fait une multitude de bons pères de fa-mille ; mais, depuis l’existence du monde, la sagesse humaine afait bien peu de bons magistrats.
De tout ce que je viens d’exposer, il s’ensuit que c’est avec rai-son qu’on a distingué i 'économie publique Hz l'économie particu-lière, et que la cité n’ayant rien de commun avec la famille quel’obligation qu’ont les chefs de rendre heureuses l’une et l’autre,leurs droits ne sauraient dériver de la même source, ni les mê-mes règles de conduite convenir à toutes les deux. J’ai cru qu’ilsuffirait de ce peu de lignes pour renverser l'odieux système quele chevalier Filmer a tâché d'établir dans un ouvrage intituléPatriarcha , auquel deux hommes illustres ont fait trop d’hon-neur en écrivant des livres pour lui répondre (*) : au reste, cetteerreur est fort ancienue, puisque Aristote même, qui l’adopteen certains lieux de ses Politiques, juge à propos de la combat-tre en d’autres (**):
Je prie mes lecteurs de bien distinguer encore l’économie pu-blique dont j’ai à parler, et que j’appelle gouvernement, de l’au-torité suprême que j’appelle souveraineté ; distinction qui con-siste en ce que l’une a le droit législatif, et oblige, en certains cas,le corps même de la nation, tandis que l’autre n’a que la puis-sance exécutrice, et ne peut obliger que les particuliers. VoyezPolitique et Souveraineté.
Qu’on me permette d’employer pour un moment une compa-raison commune et peu exacte à bien des égards, mais propre àme. faire mieux entendre.
Le corps politique, pris individuellement, peut être considéré
(*) C'est pour réfuter-les opinions de Filmer, écrivain politique anglois, mo-rt en! 1688, et qui n’est guère connu que par l’ouvrage qui vient d’être cité, que le célèbreSidney a écrit ses Discours sur le Gouvernement. Locke a consacré aussi à cetteréfutation deux chapitres de son traité du Gouvernement civil.
('*) L’adopte... Voyez liv. i, ciiap. t et 12 ; liv. ni, chap. ta (tom, I, p. 7,63 et 267de la traduction de Millon, 1803, 3 vol. in-8».)— La combat... Cette opposition résultemoins de quelques passages qu'on puisse citer, que de l’esprit général de l’ouvrage> d’Aristote fondé sur ce principe établi liv. i, chapitre 7, que te gouvernement hérite\ et le gouvernement civil sont deux choses fort différentes, et que si toute mai-■’ son se gouverne par une seule personne, le gouvernement, civil au contraire ap-partient à tous ceux qui sont libres et égaux. Même traduction, page 32.