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Tome quatrième.
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234 de l’économie politique.

marquer dans tous les cœurs qu’il échauffe, dans toutes les ac-tions qu’il inspire, cette ardeur bouillante et sublime dont nebrille pas la plus pure vertu quand elle en est séparée. Osons op-poser Socrate même à Caton : l’un étoit plus philosophe, etl’autre plus citoyen. Athènes étoit déjà perdue, et Socrate n’avoitplus de patrie que le monde entier : Caton porta toujours lasienne au fond de son cœur; il ne vivoit que pour elle, et ne putlui survivre. La vertu de Socrate est celle du plus sage des hom-mes ; mais entre César et Pompée, Caton semble un dieu parmiles mortels. L’un instruit quelques particuliers, combat les so-phistes, et meurt pour la vérité : l’autre défend l’état, la liberté,les lois, contre les conquérants du monde, et quitte enfin la terrequand il n’y voit plus de patrie à servir. Un digne élève de So-crate seroit le plus vertueux de ses contemporains ; un digneémule de Caton en seroit le plus grand. La vertu du premier fe-rait son bonheur ; le second chercherait son bonheur dans celuide tous. Nous serions instruits par l’un et conduits par l’autre : etcela seul déciderait de la préférence ; car on n’a jamais fait unpeuple de sages, mais il n’est pas impossible de rendre un peupleheureux.

Voulons-Dous que les peuples soient vertueux, commençonsdonc par leur faire aimer la patrie. Mais comment l’aimeront-ils,si la patrie n’est rien de plus pour eux que pour des étrangers, etqu’elle ne leur aeeorde que ce qu’elle ne peut refuser à personne ?Ce seroit bien pis s’ils n’y jouissoient pas même de la sûreté ci-vile, et que leurs biens, leur vie ou leur liberté, fussent à la dis-crétion des hommes puissants, sans qu’il leur fût possible ou per-mis d’oser réclamer les lois. Alors, soumis aux devoirs de l’étatcivil, sans jouir même des droits.de l’état de nature et sans pou-voir employer leurs forces pour se défendre, ils seraient par con-séquent dans la pire condition où se puissent trouver des hommeslibres, et le mot de patrie ne pourrait avoir pour eux qu’un sensodieux ou ridicule. Il ne faut pas croire que l’on puisse offenserou couper un bras, que la douleur ne s’en porte à la tête; et iln'est pas plus croyable que la volonté générale consente qu’unmembre de l’état, quel qu’il soit, en blesse ou détruise un autre,qu’il ne l’est que les doigts d’un homme usant de sa raison aillentlui crever les yeux. La sûreté particulière est tellement liée avecla confédération publique, que, sans les égards que l’on doit à lafoiblesse humaine, cette convention seroit dissoute par le droit,