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Tome quatrième.
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236 de l’économie politique.

Mais les Romains se disting uèrent au-dessus de tous les peuplesde la terre par les égards du gouvernement pour les particuliers,et par son attention scrupuleuse à respecter les droits inviolablesde tous les membres de l’état. Il n’y avoit rien de si sacré que lavie des simples citoyens ; il ne falloit pas moins que l’assembléede tout le peuple pour en condamner un : le sénat même ni lesconsuls, dans toute leur majesté, n’en avoient pas le droit; et,chez le plus puissant peuple du monde, le crime et la peine d’uncitoyen étaient une désolation publique : aussi parut-il si dur d’enverser le sang pour quelque crime que ce pût être, que, par la loiPorcia, la peine de mort fut commuée en celle de l’exil, pour tousceux qui voudroient survivre à la perte d’une si douce patrie.Tout respiroit à Rome et dans les armées cet amour des conci-toyens les uns pour les autres, et ce respect pour le nom romainqui élevoit le courage et animoit la vertu de quiconque avoitl’honneur de le porter. Le chapeau d’un citoyen délivré d’escla-vage, la couronne civique de celui qui avoit sauvé la vie à unautre, étaient ce qu’on regardoit avec le plus de plaisir dans lapompe des triomphes ; et il est à remarquer que des couronnesdont on honoroit à la guerre les belles actions, il n’y avoit que lacivique et celle des triomphateurs qui fussent d’herbe et defeuilles; toutes les autres n’étaient que d’or. C’est ainsi que Romefut vertueuse et devint la maîtresse du monde. Chefs ambitieux,un pâtre gouverne ses chiens et ses troupeaux, et n’est que ledernier des hommes I S’il est beau de commander, c’est quandceux qui nous obéissent peuvent nous honorer : respectez doncvos concitoyens, et vous vous rendrez respectables ; respectez laliberté, et votre puissance augmentera tous les jours ; ne passezjamais vos droits, et bientôt ils seront sans bornes.

Que la patrie se montre donc la mère commune des citoyens ;que les avantages dont ils jouissent dans leur pays le leur ren-dent cher ; que le gouvernement leur laisse assez de part à l’ad-ministration publique pour sentir qu’ils sont chez eux, et que leslois ne soient à leurs yeux que les garants de la commune liberté.Ces droits, tout beaux qu’ils sont, appartiennent à tous les hommes ;mais, sans paroître les attaquer directement, la mauvaise volontédes chefs en réduit aisément l’effet à rien. La loi dont on abusesert à la fois au puissant d’arme offensive et de bouclier contre lefoible; et le prétexte du bien public est toujours le plus dange-reux fléau du peuple. Ce qu’il y a de plus nécessaire et peut-être