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Tome quatrième.
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238 DE l'économie politique.

passions, et que l’exécution d’un pareil projet ne seroit pas plusdésirable que possible. Je conviendrai d’autant mieux de toutcela, qu’un homme qui n’auroit point de passions seroit certai-nement un fort mauvais citoyen; mais il faut convenir aussi quesi l’on n’apprend point aux hommes à n’aimer rien, il n’est pasimpossible de leur apprendre à aimer un objet plutôt qu’un autre,et ce qui est véritablement beau plutôt que ce qui est difforme.Si, par exemple, on les exerce assez tôt à ne jamais regarder leurindividu que par ses relations avec le corps de l’état, et à n’aper-cevoir, pour ainsi dire, leur propre existence que comme unepartie de la sienne, ils pourront parvenir enfin à s’identifier enquelque sorte avec ce plus grand tout, à se sentir membres de lapatrie, à l’aimer de ce sentiment exquis que tout homme isolé n’aque pour soi-même, à élever perpétuellement leur ame à ce grandobjet, et à transformer ainsi en une vertu sublime cette disposi-tion dangereuse d’où naissent tous nos vices. Non seulement laphilosophie démontre la possibilité de ces nouvelles directions,mais l’histoire en fournit mille exemples éclatants : s’ils sont s*rares parmi nous, c’est que personne ne se soucie qu’il y ait descitoyens , et qu'on s’avise encore moins de s’y prendre assez tôtpour les former. Il n’est plus temps de changer nos inclinationsnaturelles quand elles ont pris leur cours et que l’habitude s’estjointe à l’amour-propre ; il n’est plus temps de nous tirer hors denous-mêmes quand une fois le moi humain concentré dans noscœars y a acquis cette méprisable activité qui absorbe toute vertuet fait la vie des petites âmes. Comment l’amour de la patrie pour-roit-il germer au milieu de tant d’autres passions qui l’étouffent?et que reste-t-il pour les concitoyens d’un cœur déjà partagé entrel’avarice, une maîtresse, et la vanité ?

C’est du premier moment de la vie qu’il faut apprendre à mé-riter de vivre ; et comme on participe en naissant aux droits descitoyens, l’instant de notre naissance doit être le commencementde l’exercice de nos devoirs. S’il y a des lois pour l’âge mûr, ildoit y en avoir pour l’enfance, qui enseignent à obéir aux autres;et comme on ne laisse pas la raison de chaque homme unique ar-bitre de ses devoirs, on doit d’autant moins abandonner aux lu-mières et aux préjugés des pères l’éducation de leurs enfants,qu’elle importe à l’état encore plus qu’aux pères; car, selon lecours de la nature, la mort du père lui dérobe souvent les derniersfruits de cette éducation, mais la patrie en sent tôt ou tard les ef-