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effet pour opprimer l’habitant. Pour former ces troupes il fallutenlever à la terre des cultivateurs, dont le défaut diminua laquantité des denrées , et dont l’entretien introduisit des impôtsqui en augmentèrent le prix. Ce premier désordre fit murmurerles peuples : il fallut, pour les réprimer, multiplier les troupes, etpar conséquent la misère ; et plus le désespoir augmentait, pluson se voyoit contraint de l’augmenter encore pour en prévenir leseffets. D’un autre côté, ces mercenaires, qu’on pouvoit estimersur le prix auquel ils se vendoient eux-mêmes, fiers de leur avi-lissement, méprisant les lois dont ils étoient protégés, et leursfrères dont ils mangeoient le pain, se crurent plus honorés d’êtreles satellites de César que les défenseurs de Rome ; et, dévoués àune obéissance aveugle, tenoient par état le poignard levé surleurs concitoyens, prêts à tout égorger au premier signal. 11 neseroit pas difficile de montrer que ce fut là une des principalescauses de la ruine de l’empire romain.
L’invention de l’artillerie et des fortifications a forcé de nosjours les souverains de l’Europe à rétablir l’usage des troupes ré-glées pour garder leurs places ; mais, avec des motifs plus légiti-mes, il est à craindre que l’effet n’en soit également funeste. Il n’enfaudra pas moins dépeupler les campagnes pour former les arméeset les garnisons ; pour les entretenir il n’en faudra pas moins fou-ler les peuples ; et ces dangereux établissements s’accroissent de-puis quelque temps avec une telle rapidité dans tous nos climats,qu’on n’en peut prévoir que la dépopulation prochaine de l’Eu-rope, et tôt ou tard la ruine des peuples qui l'habitent.
Quoi qu’il en soit, on doit voir que de telles institutions renver-sent nécessairement le vrai système économique qui tire le prin-cipal revenu de l’état du domaine public, et ne laissent que laressource fâcheuse des subsides et impôts, dont il me reste àparler.
Il faut se ressouvenir ici que le fondement du pacte social estla propriété ; et sa première condition, que chacun soit maintenudans la paisible jouissance de ce qui lui appartient. Il est vrai que,par le même traité, chacun s’oblige, au moins tacitement, à secotiser dans les besoins publics : mais cet engagement ne pouvantnuire à la loi fondamentale, et supposant l’évidence du besoin re-connue par les contribuables, on voit que, pour être légitime, cette|cotisation doit être volontaire, non d’une volonté particulière,'comme s’il était nécessaire d’avoir le consentement de chaque