JUIGEMEKT SUR LA POLYSYNOD1E. 309
Voilà, c« me siemble, a peu près les côtés par lesquels l'abbéde Saint-Pierre eiut du considérer le fond de son système pour enbien établir les principes ; mais il s’amuse, au lieu de cela, à ré-soudre ciiujuantennauvaises object ions qui ne valoient pas la peined’être examinées, ou, qui pis est, à faire lui-même de mauvaisesréponses quand les bonnes se présentent naturellement, commes'il cherchent à prendre plutôt le tour d’esprit de ses opposantspour les ramener à la raison, que le langage de la raison pour con-vaincre les sages.
Par exemple, après s’être objecté que dans la polysynodiechacun des conseillers a son plan général, que cette diver-sité produit nécessairement des décisions qui se contredisent, etdes embarras dans le mouvement total, il répond à cela qu’il nepeut y avoir d’autre plan général que de chercher à perfection-ner les régïements qui roulent sur toutes les parties du gouverne-ment. Le meilleur plan général n’est-cepas, dit-il, celui qui va leplus droit au plus grand bien de l’état dans chaque affaire par-ticulière? D’où il tire cette conclusion très fausse, que les diversplans généraux, ni par conséquent les réglements et les affairesqui s’y rapportent, ne peuvent jamais se croiser ou se nuire mu-tuellement.
En effet, le plus grand bien de l’état n’est pas toujours unechose si claire, ni qui dépende autant qu’on le croiroit du plusgrand bien de chaque partie; comme si les mêmes affaires nepouvoient pas avoir entre elles une infinité d’ordres divers et deliaisons plus ou moins fortes qui forment autant de différencesdans les plans généraux. Ces plans bien dirigés sont toujoursdoubles, et renferment dans un système comparé la forme ac-tuelle de l’état, et sa forme perfectionnée selon les vues de l’au-teur. Or cette perfection dans un tout aussi composé que le corpspolitique ne dépend pas seulement de celle de chaque partie,comme pour ordonner un palais il ne suffit pas d’en bien dispo-ser chaque pièce; mais il faut de plus considérer les rapports dutout, les liaisons les plus convenables, l’ordre le plus commode, laplus facile communication, le plus parfait ensemble, et la symé-trie la plus régulière. Ces objets généraux sont si importants, quel’habile architecte sacrifie au mieux du tout mille avantages par-ticuliers qu’il auroit pu conserver dans une ordonnance moinsparfaite et moins simple. De même, le politique ne regarde enparticulier ni les finances, ni la guerre, ni le commerce ; mais il
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