474 GOUVERNEMENT DE POLOGNE,
prisable, et, s’il se peut, inutile ; chercher, trouver, pour opérerde grandes choses, des ressorts plus puissants et plus sûrs. Jeconviens qu’en suivant cette route vous ne remplirez pas les ga-zettes du bruit de vos fêtes, de vos négociations, de vos exploits,que les philosophes ne vous encenseront pas, que les poètes nevous chanteront pas, qu’en Europe on parlera peu de vous; peut-être même affectera-t-on de vous dédaigner; mais vous vivrezdans la véritable abondance, dans la justice et dans la liberté;mais on ne vous cherchera pas querelle, on vous craindra sansen faire semblant, et je vous réponds que les Eusses ni d’autresne viendront plus faire les maîtres chez vous, ou que si pour leurmalheur ils y viennent, ils seront beaucoup plus pressés d’en sor-tir. Ne tentez pas surtout d'allier ces deux projets, ils sont tropcontradictoires ; et vouloir aller aux deux par une marche compo-sée, c’est vouloir les manquer tous deux. Choisissez donc, et sivous préférez le premier parti, cessez ici de me lire ; car, de toutce qui me reste à proposer, rien ne se rapporte plus qu’au second.
Il y a ,'sans contredit, d’excellentes vues économiques dans lespapiers qui m'ont été communiqués. Le défaut que j’y vois estd’être plus favorables à la richesse qu’à la prospérité. En fait denouveaux établissements, il ne faut pas se contenter d’en voirl’effet immédiat ; il faut encore en bien prévoir les conséquenceséloignées, mais nécessaires. Le projet, par exemple, pour lavente des starosties (*) et pour la manière d’en employer le pro-duit me paraît bien entendu, et d’une exécution facile dans lesystème établi dans toute l’Europe de tout faire avec de l’argent.Mais ce système est-il bon en lui-même et va-t-il bien à son but?Est-il sûr que l’argent soit le nerf de la guerre? Les peuples ri-ches ont toujours été battus et conquis par les peuples pauvres.Est-il sûr que l’argent soit le ressort d’un bon gouvernement? Lessystèmes de finances sont modernes. Je n’en vois rien sortir debon ni de grand. Les gouvernements anciens ne connoissoient pasmême ce mot de finance, et ce qu’ils faisoient avec des hommesest prodigieux. L’argent est tout au plus le supplément des hom-mes , et le supplément ne vaudra jamais la chose. Polonois, lais-sez - moi tout cet argent aux autres, ou contentez-vous de celuiqu’il faudra bien qu’ils vous donnent, puisqu’ils ont plus besoin
Voyez la Notice préliminaire. On comptait, tant en Pologne que dans le duché<le Lithuanie, prés de cinq cents domaines de cette espèce, et il y en avoit dont le re-tenu s'élevoit jusqu'à 60,000 francs.