478 GOUVERNEMENT DE POLOGNE.
ment riche et pauvre avec la même somme, mais non pas avecdes biens en nature; car, comme immédiatement utiles à l’homme,ils ont toujours leur valeur absolue qui ne dépend point d’uneopération de commerce. J’accorderai que le peuple anglois est plusriche que les autres peuples; mais il ne s’ensuit pas qu’un bour-geois de Londres vive plus à son aise qu’un bourgeois de Paris. Depeuple à peuple, celui qui a plus d’argent a de l'avantage ; maiscela ne fait rien au sort des particuliers, et ce n’est pas là que gîtla prospérité d’uue nation.
Favorisez l’agriculture et les arts utiles, non pas en enrichissantles cultivateurs, ce qui ne serait que les exciter à quitter leurétat, mais en le leur rendant honorable et agréable. Établissezles manufactures de première nécessité ; multipliez sans cesse vosblés et vos hommes, sans vous metlre en souci du reste. Le super-flu du produit de vos terres, qui, par les monopoles multipliés,vamauquer au reste de l’Europe, vous apportera nécessairementplus d'argent que vous n’en aurez besoin. Au-delà de ce produitnécessaire et sur, vous serez pauvres tant que vous voudrez enavoir; sitôt que vous saurez vous en passer, vous serez riches.Voilà l’esprit que je voudrais faire régner dans votre système éco-nomique : peu songer à l'étranger, peu vous soucier du com-merce, mais multiplier chez vous autant qu’il est possible et ladenrée et les consommateurs. L’effet infaillible et naturel d’ungouvernement libre et juste est la population. Plus donc vousperfectionnerez votre gouvernement, plus vous multiplierez votrepeuple sans même y songer. Vous n’aurez ainsi ni mendiants nimillionnaires. Le luxe et l’indigence disparoîtrontensembleinsen-siblement ; et les citoyens, guéris des goûts frivoles que donnel’opulence, et des vices attachés à la misère, mettront leurs soinset leur gloire à bien servir la patrie, et trouveront leur bonheurdans leurs devoirs.
Je voudrais qu’on imposât toujours les bras des hommes plusque leurs bourses ; que les chemins, les ponts, les édifices pu-blics, le service du prince et de l’état, se fissent par des corvéeset non point à prix d’argent. Cette sorte d’impôt est au fond lamoins onéreuse, et surtout celle dont on peut le moins abuser;car l’argent disparaît en sortant des mains qui le paient; maischacun voit à quoi les hommes sont employés, et l’on ne peut lessurcharger à pure perte. Je sais que cette méthode est impratica-ble où régnent le luxe, le commerce et les arts : mais rien n’est si