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Tome quatrième.
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CHAPITRE XI.

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facile chez un peuple simple et de bonnes mœurs, et rien n’estplus utile pour les conserver telles : c’est une raison de plus pourla préférer.

Je reviens donc aux starosties, et je conviens derechef que leprojet de les vendre pour en faire valoir le produit au profit dutrésor public est bon et bien entendu, quant à son objet économi-que ; mais quant à l’objet politique et moral, ce projet est si peude mon goût, que si les starosties étoient vendues , je voudraisqu’on les rachetât pour en faire le fonds des salaires et récom-penses de ceux qui serviroient la patrie ou qui auroient bien mé-rité d’elle. En un mot, je voudrais, s’il étoit possible, qu’il n’y eûtpoint de trésor public, et que le fisc ne connût pas même lespaiements en argent. Je sens que la chose à la rigueur n’est paspossible ; mais l’esprit du gouvernement doit toujours tendre à larendre telle, et rien n’est plus contraire à cet esprit que la ventedont il s’agit. La république en serait plus riche, il est vrai; maisle ressort du gouvernement en serait plus foible en proportion.

J’avoue que la régie des biens publics en deviendrait plus diffi-cile, et surtout moins agréable aux régisseurs, quand tous cesbiens seront en nature et point en argent : mais il faut faire alorsde cette régie et de son inspection autant d’épreuves de bon sens,de vigilance, et surtout d’intégrité, pour parvenir à des placesplus éminentes. On ne fera qu’imiter à cet égard l’administrationmunicipale établie à Lyon, où il faut commencer par être admi-nistrateur de l’Hôtel-Dieupour parvenir aux charges de la ville;et c’est sur la manière dont on s’acquitte de celle-là qu'on fait ju-ger si l’on est digne des autres. Il n’y avoit rien de plus intègreque les questeurs des armées romaines, parceque la questure étoitle premier pas pour arriver aux charges curules. Dans les placesqui peuvent tenter la cupidité, il faut faire en sorte que l’am-bition la réprime. Le plus graud bien qui résulte de là n’est pasl’épargne des friponneries, mais c’est de mettre en honneur le dés-intéressement, et de rendre la pauvreté respectable quand elle estle fruit de l’intégrité.

Les revenus de la république n’égalent pas sa dépense ; je lecrois bien : les citoyens ne veulent rien payer du tout. Mais deshommes qui veulent être libres ne doivent pas être esclaves de leurbourse; et où est l’état où la liberté ne s’achète pas et même trèscher? On me citera la Suisse ; mais, comme je l’ai déjà dit, dans laSuisse les citoyens remplissent eux-mêmes les fonctions que par-