CHAPITHE XII.
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tout et de n’être jamais atteinte, d’agir toujours de concert quoi-que séparée, de couper les communications, d’intercepter des con-vois, de charger des arrière-gardes, d'enlever des gardes avancées,de surprendre des détachements, de harceler de grands corps quimarchent et campent réunis; qu’elle prît la manière des anciensParthes comme elle en a la valeur, et qu’elle apprît comme eux àvaincre et détruire les armées les mieux disciplinées sans jamaislivrer de bataille et sans leur laisser le moment de respirer : en unmot, ayez de l’infanterie puisqu’il en faut, mais ne comptez quesur votre cavalerie, et n’oubliez rien pour inventer un systèmequi mette tout le sort de la guerre entre ses mains.
C’est un mauvais conseil pour un peuple libre que celui d’avoirdes places fortes ; elles ne conviennent point au génie polonois,et partout elles deviennent tôt ou tard des nids à tyrans (*), Lesplaces que vous croirez fortifier contre les Eusses, vous les forti-fierez infailliblement pour eux ; elles deviendront pour vous desentraves dont vous ne vous délivrerez plus. Négligez même lesavantages des postes, et ne vous ruinez pas en artillerie : ce n’estpas tout cela qu’il vous faut. Une invasion brusque est un grandmalheur, sans doute; mais des chaînes permanentes en sont unbeaucoup plus grand. Vous ne ferez jamais en sorte qu’il soit dif-ficile à vos voisins d’entrer chez vous ; mais vous pouvez faire ensorte qu’il leur soit difficile d’en sortir impunément, et c’est àquoi vous devez mettre tous vos soins. Antoine et Crassus entrè-rent aisément, mais pour leur malheur, chez les Parthes. Unpays aussi vaste que le vôtre offre toujours à ses habitants desrefuges et de grandes ressources pour échapper à ses agresseurs.Tout l’art humain ne sauroit empêcher l’action brusque du fortcontre le foible ; mais il peut se ménager des ressorts pour la réac-tion; et quand l’expérience apprendra que la sortie de chez vousest si difficile, on deviendra moins pressé d’y entrer. Laissez doncvotre pays tout ouvert comme Sparte, mais bâtissez-vous commeelle de bonnes citadelles dans les coeurs des citoyens; et commeThémistocle emmenoit Athènes sur sa flotte, emportez au besoinvos villes sur vos chevaux. L’esprit d’imitation produit peu debonnes choses et ne produit jamais rien de grand. Chaque paysa des avantages qui lui sont propres, et que l’institution doit
(*) Cette opinion avoit été de tout temps celle des nobles polonois ; ils ne pouvoientsouffrir les villes fortifiées. Fortatilia, répétoient-ils proverbialement, sunt freenaHiertatis.