388 GOUVERNEMENT D3 POLOGNE.
étendre et favoriser. Ménagez, cultivez ceux de la Pologne , elleaura peu d’autres nations à envier.
Une seule chose suffit pour la rendre impossible à subjuguer :l’amour de la patrie et de la liberté animé par les vertus qui ensont inséparables. Vous venez d’en donner un exemple mémora-ble à jamais. Tant que cet amour brûlera dans les cœurs, il nev ous garantira pas peut-être d’un joug passager ; mais tôt ou tardil fera son explosion, secouera le joug, et vous rendra libres. Tra-vaillez donc sans relâche, sans cesse, à porter le patriotisme auplus haut degré dans tous les cœurs polonois. J’ai ci-devant indi-qué quelques uns des moyens propres à cet effet : il me reste àdévelopper ici celui que je crois être le plus fort, le plus puissant,et même infaillible dans son succès, s’il est bien exécuté : c’estde faire en sorte que tous les citoyens se sentent incessammentsous les yeux du public ; que nul n’avance et ne parvienne quepar la faveur publique ; qu’aucun poste, aucun emploi ne soitrempli que par le vœu de la nation ; et qu’enfin depuis le derniernoble, depuis même le dernier manant, jusqu’au roi, s’il est pos-sible , tous dépendent tellement de l’estime publique , qu’on nepuisse rien faire, rien acquérir, parvenir à rien sans elle. De l’ef*fervescence excitée par cette commune émulation naîtra cetteivresse patriotique qui seule sait élever les hommes au-dessusd’eux-mêmes, et sans laquelle la liberté n’est qu’un vain nom etla législation qu’une chimère.
Dans l’ordre équestre, ce système est facile à établir, si l'on asoin d’y suivre partout une marche graduelle, et de n’admettrepersonne aux honneurs et dignités de l’état qu’il n’ait préalable-ment passé par les grades inférieurs, lesquels serviront d’entréeet d’épreuve pour arriver à une plus grande élévation. Puisquei’égaiité parmi la noblesse est une loi fondamentale de la Pologne,la carrière des affaires publiques y doit toujours commencer parles emplois subalternes; c’est l’esprit delà constitution. Ils doi-vent être ouverts à tout citoyen que son zèle porte à s’y présen-ter, et qui croit se sentir en état de les remplir avec succès : maisils doivent être le premier pas indispensable à quiconque, grandou petit, veut avancer dans cette carrière. Chacun est libre dene s’y pas présenter ; mais sitôt que quelqu’un y entre, il faut, àmoins d’une retraite volontaire, qu’il avance, ou qu’il soit rebutéavec improbation. Il faut que, dans toute sa conduite, vu et jugépar ses concitoyens, il sache que tous ses pas sont suivis, que