VISION DE PIERRE DE LA. MONTAGNE. 715
n’ayant jamais eu pour objet dans leurs démarches que le bien dela patrie et le maintien des lois, ont mérité par leurs vertus l’es-time du public et la confiance de leurs égaux.
Mais surtout réunissez-vous tous. Vous êtes perdus sans res-source si vous restez divisés. Et pourquoi le seriez-vous quand desi grands intérêts communs vous unissent? Comment, dans unpareil danger, la basse jalousie et les petites passions osent-elles sefaire entendre? Valent-elles qu’on les contente à si haut prix? etfaudra-t-il que vos enfants disent un jour, en pleurant sur leursfers : Voilà le fruit des dissensions de nos pères ? En un mot, ils’agit moins ici de délibération que de concorde : le choix du partique vous prendrez n’est pas la plus grande affaire ; fût-il mauvaisen lui-même, prenez-le tous ensemble ; par cela seul il deviendra lemeilleur, et vous ferez toujours ce qu’il faut faire, pourvu que vousle fassiez de concert. Voilà mon avis, monsieur, et je finis par oùj’ai commencé. En vous obéissant, j’ai rempli mon dernier devoirenvers la patrie. Maintenant je prends coDgé de ceux qui l’habi-tent ; il ne leur reste aucun mal à me faire, et je ne puis plus leurfaire aucun bien.
VISION
DE PIERRE DE LA MONTAGNE,
DIT LB VOYANT (*).
Ici sontles trois cliapitresjdela Vision de pierre de la Montagne, dit le Votant,concernant la désobéissance et damnable rébellion de Pierre Durai, dit Pierrot desdames.
CHAPITRE PREMIER.
1. Et j’étois dans mon pré, fauchant mon regain, et il faisoitchaud, et j’étois las, et un prunier de prunes vertes étoit près demoi.
2. Et, me couchant sous le prunier, je m’endormis.
3. Et durant mon sommeil j’eus une vision, et j’entendis unevoix aigre et éclatante comme le son d’un cornet de postillon.
4. Et cette voix étoit tantôt foible et tantôt forte, tantôt grosseet tantôt claire, passant successivement et rapidement des sonsles plus graves aux plus aigus, comme le miaulement d’un chat
(*) Au livre xii des Confessions , Rousseau fait connoître l'objet qu’il avoit en vue,et celui qu’il vouloit ridiculiser en écrivant cette plaisanterie.