AMÉE 1765. 41
un peu d’amitié, et, parmi tant d’affronts, je serai le plus glo-rieux des êtres. Votre patrie (') est injuste, sans doute ; mais avecle mal elle a produit le remède. Peut-elle me faire quelque in-justice que -votre estime ne puisse réparer? La lettre que vousm’avez envoyée est d’un homme d’église ; c’est tout dii e, et peut-être trop, car il paroit assez modéré. Mais, vu le traitement queje viens d’essuyer à l’instigation de ses confrères, j’attendois esréparations, et il en exige : vous voyez que nous sommes loin decompte. Conservez-moi vos bontés, madame ; elles me seront toujours précieuses, et j’aspire au bonheur d’être à portée de escultiver.
a m. ci. a nui: T.
Motiers-Travers, le 3 mats 1763.
Le souvenir, monsieur, de vos anciennes bontés pour moivous cause une nouvelle importunité de ma part. Il s’agiroit devouloir bien être, pour la seconde fois, censeur d’un de mes ou-vrages. C’est une très mauvaise rapsodie que j’ai compilée, il y aplusieurs années, sous le nom de Dictionnaire de musique , et queje suis forcé de donner aujourd’hui pour avoir du pain. Dans letorrent de malheurs qui m’entraîne, je suis hors d’état de voir cerecueil. Je sais qu’il est plein d’erreurs et de bévues. Si quelqueintérêt pour le sort du plus malheureux des hommes vous por-toit à voir son ouvrage avec un peu plus d’attention que celuid’un autre, je vous serois sensiblement obligé de toutes les fautesque vous voudriez bien corriger chemin faisant. Les indiquer sansles corriger ne seroit rien faire, car je suis absolument hors d’e-tat d’y donner la moindre attention ; et si vous daignez en usercomme de votre bien pour changer, ajouter ou retrancher, vousexercerez une charité très utile, et dont je serai très reconnois-sant. Recevez, monsieur, mes très humbles excuses et mes salu-tations (*).
A M. DU PEVROU.
Le 4 mars 1763.
Je vous dois une réponse, monsieur, je le sais. L’horrible si-tuation de corps et d’ame où je me trouve m’ôte la force et lecou-
t (*) La Hollande.
C*) Clairaut est mort dans le mois de mai de la meme année, et n'a pu répondre audésir que Rousseau lui témoigne dans cette lettre.