CORRESPONDANCE.
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rage d’écrire. J’attendois de vous quelques mots de consolation,mais je vois que vous comptez à la rigueur avec les malheureux.Ce procédé n’est pas injuste, mais il est un peu dur dans l’a-mitié.
AU même.
Motiers, le 7 mars 176ô.
Pour Dieu, ne vous fâchez pas, et sachez pardonner quelquestorts à vos amis dans leur misère. Je n’ai qu’un ton, monsieur,il est quelquefois un peu dur : il ne faut pas méjuger sur mes ex-pressions, mais sur ma conduite. Elle vous honore quand mestermes vous offensent. Dans le besoin que j’ai des consolations del’amitié, je sens que les vôtres me manquent, et je m’en plains :cela est-il donc si désobligeant?
Si j’ai écrit à d’autres, comment n’avez-vous pas senti l'abso-lue nécessité de répondre, et surtout dans la circonstance, à despersonnes avec qui je n’ai point de correspondance habituelle, etqui viennent au fort de mes malheurs y prendre le plus généreuxintérêt? Je croyois que, sur ces lettres mêmes, vous vous diriez,Il n’a pas le temps de m’écrire, et que vous vous souviendriezde nos conventions. Falloit-il donc , dans une occasion si criti-que, abandonner tous mes intérêts, toutes mes affaires, mes de-voirs même, de peur de manquer avec vous à l’exactitude d’uneréponse dont vous m’aviez dispensé ? Vous vous seriez offensé dema crainte, et vous auriez eu raison. L’idée même, très fausseassurément, que vous aviez de m’avoir chagriné par votre lettre,n’étoit-elle pas pour votre bon cœur un motif de réparer le malque vous supposiezm’avoirfait? Dieu vous préserve d'affliction!mais, en pareil cas, soyez sûr que je ne compterai pas vos ré-ponses. En tout autre cas, ne comptez jamais mes lettres, ou rom-pons tout de suite, car aussi bien ne tarderions-nous pas à rom-pre. Mon caractère vous est connu, je ne saurais le changer.
Toutes vos autres raisons ne sont que trop bonnes. Je vousplains dans vos tracas, et les approches de votre goutte me cha-grinent surtout vivement, d’autant plus que, dans l’extrême be-soin de me distraire, je me promettais des promenades délicieusesavec vous. Je sens encore que ce que je vais vous dire peut êtrebien déplacé parmi vos affaires ; mais il faut vous montrer si jevous crois le cœur dur, et si je manque de confiance en votre ami-tié. Je ne fais pas des compliments, mais je prouve.