' 48 CORRESPONDANCE.
je n’agis jamais dans le premier mouvement, et ma colère estcourte. Nous sommes de même avis : ils sont en sûreté, et je neleur ferai sûrement pas l’honneur d’écrire contre eux.
Non seulement je n’ai pas dessein de quitter ce pays durant l’o-rage, je ne veux pas même quitter Motiers, à moins qu’on n’usede violence pour m’en chasser, ou qu’on ne me montre un ordredu roi sous l’immédiate protection duquel j’ai l'honneur d’être.Je tiendrai dans cette affaire la contenance que je dois à mon pro-tecteur et à moi. Mais, de manière ou d’autre, il faudra que cetteaffaire finisse. Si l’on me fait traîner dehors par des archers, ilfaut bien que je m’en aille ; si l’on finit par me laisser en repos, jeveux alors m’en aller, c’est un point résolu. Que voulez-vous queje fasse dans un pays où l’on me traite plus mal qu’un malfaiteur?Pourrai-je jamais jeter sur ces gens-là un autre œil que celui dumépris et de l’indignation? Je m’avilirois aux yeux de toute laterre si je restois au milieu d’eux.
Je suis bien aise que vous ayez d’abord senti et dit la vérité surle prétendu livre des Princes : mais savez-vous qu’on a écrit deBerne à l’imprimeur d’Yverdun de me demander ce livre et del'imprimer; que ce seroit une bonne affaire ? J’ai d’abord senti lessoins officieux de l’ami Bertrand; j’ai tout de suite envoyé àM. Félice la lettre dont copie ci-jointe, le faisant prier de l'im-primer et de la répandre. Comme il est livré à gens qui ne m’ai-ment pas, j’ai prié M. lloguin, en cas d’obstacle, de vous en don-ner avis par la poste ; et alors je vous serois bien obligé si vousvouliez la donner tout de suite à Fauche, et la lui faire imprimerbien correctement. Il faut qu’il la verse, le plus promptement-qu’il sera possible, à Berne, à Genève, et dans le pays de Yaud ;mais avant qu’elle paroisse ayez la bonté de la relire sur l’impri-mé, de peur qu’il ne s’y glisse quelque faute. Vous sentez qu’ilne s’agit pas ici d’un petit scrupule d’auteur, mais de ma sûretéet de ma liberté peut-être pour le reste de ma vie. En attendantl’impression, vous pouvez donner et envoyer des copies.
Je ne serai peut-être en état de vous écrire de long-temps. Degrâce, mettez-vous à ma place, et ne soyez pas trop exigeant.Vous devriez sentir qu’on ne me laisse pas du temps de reste ;mais vous en avez pour me donner de vos nouvelles, et mêmedes miennes : car vous savez ce qui se passe par rapport à moi ;pour moi, je l’ignore parfaitement.
Je vous embrasse.