69
ANNÉE 1765.
ce qui n’empêche pas que ce séjour ne soit devenu pour moi ab-solument inhabitable : ainsi j’accepte tous vos bons soins, soitpour Suchié, soit pour Cressier, soit pour La Coudre; je m’en rap-porte entièrement à votre chois ; et, pour moi, je ne vois qu’uneraison de préférence, après celle de loger chez vous : c’est pour lelogement qui sera le plus tôt prêt.
Il me parolt que vous pouvez prendre votre parti sur la bro-chure ; je pense même que cette affaire, une fois éventée, en de-viendra partout plus difficile à exécuter, et je vous conseille d’a-bandonner cette entreprise : que si vous persistez, vous avez denouvelles pièces à joindre à votre recueil ; et, tandis que vous lecompléterez, il faut travailler d’avance à prendre si bien vos me-sures, que le manuscrit n’aille à sa destination qu’au momentqu’on pourra l’exécuter, et après que toutes les difficultés serontprévues et levées. La Hollande me parolt désormais le seul en-droit sûr; mais il faut compter sur six mois d’attente.
Je suis bien éloigné d’avoir maintenant le loisir de travailler ànotre écrit. Comme ce n’est pas un acte où le notaire doive mettrela main, et que notre convention générale est faite, rien ne pressesur le reste ; c’est ce que nous pourrons rédiger ensemble à loisir.
Il s’agit seulement de savoir quand vous me permettrez d’en par-ler à mes amis ; car rien de ce qui s’intéresse à moi ne doit igno-rer que je vous devrai le repos de ma vie.
A St. PANCKOLXKE.
Motiers-Travers, 26 mai 1763.
Votre dernière lettre, monsieur, m’a non seulement désabusé,mais attendri. Oublions réciproquement nos torts, sûrs que lecœur n’y a point de part, et soyons amis comme auparavant,même plus, s’il est possible; c’est l’effet que doit produire unvrai retour entre honnêtes gens.
Il est vrai que les fanatiques de ce pays, excités, vous compre-nez bien par qui, ont suscité contre moi un violent orage, donttout l’effet est retombé sur eux ; pareequ’ils m’avoient trouvédoux, ils ont cru me trouver foible : ils se sont trompés. Tousleurs efforts pour me nuire ou m’épouvanter ont tourné à leurconfusion, et leur ont attiré les mortifications les plus cruelles.J ’ai fait plus que des souverains n’osent faire, en triomphant d’euxBattus dans toutes les formes légitimes, ils prennent le parti d’a-