Band 
Tome huitième.
Seite
85
JPEG-Download
 

ANNÉE 1765 . 85

nier, qui n’ont pas même été des sujets de plainte dans l’autre?

Quand j’aurois fait à M. de Montmollin cette promesse, à la-quelle je ne songeai de ma vie, prétendrait-il qu’elle lut si abso-luequ’elle ne supportât pas la moindre exception, pas même d'im-primer un mémoire pour ma défense, lorsque j’aurois un procès ?Et quelle exception m’étoit mieux permise que celle où, me jus-tifiant, je le justifiois lui-même; où je montrais qu’il étoit fauxqu’il eût admis dans son Église un agresseur de la religion? Quellepromesse pouvoit m’acquitter de ce que je devois à d’autres et àmoi-même? Comment pouvois-je supprimer un écrit défensifpour mon honneur, pour celui de mes anciens compatriotes ; unécrit que tant de grands motifs rendoient nécessaire, et où j’avoisà remplir de si saints devoirs? A qui M. de Montmollin fera-t-ilcroire que je lui ai promis d’endurer l’ignominie en silence? Aprésent même que j’ai pris avec un corps respectable un engage-ment formel, qui est-ce, dans ce corps, qui m’accuseroit d’y man-quer, si, forcé par les outrages de M. de Montmollin, je prenoisle parti de les repousser aussi publiquement qu’il ose les faire ?Quelque promesse que fasse un honnête homme, on n’exigera ja-mais, on présumera bien moins encore, qu’elle aille jusqu’à selaisser déshonorer.

En publiant les Lettres écrites de la montagne, je fis mon de-voir, et je ne manquai point à M. de Montmollin. Il en jugea lui-même ainsi, puisque, après la publication de l’ouvrage, dont jelui avois envoyé un exemplaire, il ne changea point avec moi demanière d’agir. Il le lut avec plaisir, m’en parla avec éloge ; pasun mot qui sentit l’objection. Depuis lors il me vit long-temps en-core, toujours de la meilleure amitié ; jamais la moindre plaintesur mon livre. On parloit dans ce temps-là d’une édition généralede mes écrits ; non seulement il approuvoit cette entreprise, ildésirait même s’y intéresser : il me marqua ce désir, que je n’en-courageai pas, sachant que la compagnie qui s’étoit formée setrouvoit déjà trop nombreuse, et ne vouloit plus d’autre associé.Sur mon peu d’empressement, qu’il remarqua trop, il réfléchitquelque temps après que la bienséance de son état ne lui per-mettoit pas d’entrer dans cette entreprise. C’est alors que laclasse prit le parti de s’y opposer, et fit des représentations à lacour.

Du reste, la bonne intelligence étoit si parfaite encore entrenous, et mon dernier ouvrage y mettoit si peu d’obstacle, que,

4 .