84 CORRESPONDANCE.
a isière à tout moment. M. de Montmollin assure que je lui dis enle quittant que, s’il venoit avec de bonnes nouvelles, je l’embras-serois ; sinon que nous nous tournerions le dos. J’ai pu dire deschoses équivalentes, mais en termes plus honnêtes; et quant àces dernières expressions, je suis très sûr de ne m’en être pointservi. M. de Montmollin peut reconnoître qu’il ne me fait pas siaisément tourner le dos qu’il l’avoitcru.
Quant au dévot pathos dont il use pour prouver la nécessité desévir, on sent pour quelle sorte de gens il est fait, et ni vous nimoi n’avons rien à leur dire. Laissant à part ce jargon d’inquisi-teur, je vais examiner ses raisons vis-à-vis de moi, sans entrerdans celles qu’il pouvoit avoir avec d’autres.
Ennuyé du triste métier d’auteur, pour lequel j’étois si peu fait,j’avois depuis long-temps résolu d’y renoncer. Quand VÉmile pa-rut, j’avois déclaré à tous mes amis à Paris, à Genève et ailleurs,que c’étoit mon dernier ouvrage, et qu’en l’achevant je posois laplume pour ne la plus reprendre. Beaucoup de lettres me restentoù l’on cherchait à me dissuader de ce dessein. En arrivant ici,j’avois dit la même chose à tout le monde, à vous-même ainsi qu’àM. de Montmollin. Il est le seul qui se soit avisé de transformerce propos en promesse, et de prétendre que je m’étois engagé aveclui de ne plus écrire, parceque je lui en avois montré l’intention.Si je lui disois aujourd’hui que je compte aller demain à Neuchâ-tel, prendroit-il acte de cette parole? et si j’y manquois, m’en fe-roit-il un procès? C’est la même chose absolument; et je n’ai pasplus songé à faire une promesse à M. de Montmollin qu’à vous,d’une résolution dont j’informois simplement l’un et l’autre.
M. de Montmollin oseroit-il dire qu’il ait entendu la chose au-trement? oseroit-il affirmer, comme il l’ose faire entendre, quec’cst sur cet engagement prétendu qu’il m’admit à la communion ?La preuve du contraire est qu’à la publication de ma Lettre àM. l'archevêque de Paris, M. de Montmollin , loin de m’accuserde lui avoir manqué de parole, fut très content de cet ouvrage,qu’il en fit l'éloge à moi-même et à tout le monde, sans dire alorsun mot de cette fabuleuse promesse qu’il m’accuse aujourd’huide lui avoir faite auparavant. Remarquez pourtant que cet écritest bien plus fort sur les mystères et même sur les miracles quecelui dont il fait maintenant tant de bruit ; remarquez encore quej’y parle de même en mon nom , et non plus au nom du vicaire.Peut-on chercher des sujets d’excommunicatiou dans ce der-