CORRESPONDANCE.
SS
dans une occasion beaucoup plus légitime, et, ce que je me re-proche presque, contre le texte formel de la loi. Mais il n'est pasétonnant que l’on connoisse à Genève des bienséances que l’onignore à Motiers.
Je ne sais pour qui M. de Montmollin prend ses lecteurs quandil leur dit qu’il n’y avoit point d’inquisition dans cette affaire; c’estcomme s’il disoit qu’il n’y avoit point de consistoire; car c’estla même chose en cette occasion. Il fait entendre, il assure mêmequ’elle ne devoit point avoir de suite temporelle : le contraire estconnu de tous les gens au fait du projet; et qui ne sait qu’en surpre-nant la religion du conseil-d’état, on l’a voit déjà engagé à faire desdémarches qui teudoieut à m’oter la protection du roi? Le pas né-cessaire pour achever étoit l’excommunication ; après quoi de nou-velles remontrances au conseil-d’état auroientfait le reste : on s’yétoit engagé; et voilà d’où vient la douleur de n’avoir pu réussir. Card’ailleurs qu'importe àM. de Montmollin? Craint-il que je ne meprésente pour communier de sa main ? Qu’il se rassure : je ne suispas aguerri aux communions, comme je vois tant de gens l’ètre ;j’admire ces estomacs dévots toujours si prêts à digérer le painsacré ; le mien n’est pas si robuste.
Il dit qu’il n’avoit qu’une question très simple à me faire dela part de la classe. Pourquoi donc, en me citant, ne me fit-il passignifier cette question? Quelle est cette ruse d’user de surprise,et de forcer les gens de répondre à l’instant même, sans leur don-ner un moment pour réfléchir? C’est qu’avec cette question de laclasse dont M. de Montmollin parle, il m’en réservoit de son chefd’autres dont il ne parle point, et sur lesquelles il ne vouloitpasque j’eusse le temps de me préparer. On sait que son projet étoitabsolument de me prendre en faute, et de m’embarrasser par tantd’interrogations captieuses qu’il en vint à bout; il savoit combienj’étois languissant et foible. Je ne veux pas l’accuser d’avoir eu ledessein d’épuiser mes forces ; mais quand je fus cité, j’étois ma-lade, hors d’état de sortir, et gardant la chambre depuis six mois :c’étoit l’hiver; il faisoit froid, et c’est pour un pauvre infirme unétrange spécifique qu’une séance de plusieurs heures, debout, in-terrogé sans relâche sur des matières de théologie, devant desanciens dont les plus instruits déclarent n’y rien entendre. N’im-porte ; on ne s’informa pas même si je pouvois sortir de monlit, si j’avois la force d'aller, s’il faudroit me faire porter ; on nes’embarrassoit pas de cela : la charité pastorale, occupée des