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Tome huitième.
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année 1765. 95

connoissoit bien. Pensez-vous qu’il auroit aujourd’hui plus de con-fiance en ceux qui font tant de bruit de la même foi ?

Ne croiroit-on pas entendre M. Rousseau dire, dans sa Let-tre à l’archevêque de Paris, qu’on devroit lui dresser des statuespour son Émile? Notez que cela se dit au moment où, pressé parla comparaison d’Émile et des Lettres de la montagne, M. deMontmollin ne sait comment s’échapper ; il se tire d’affaire parune gambade.

S’il falloit suivre pied à pied ses écarts, s’il falloit examiner lepoids de ses affirmations, et analyser les singuliers raisonne-ments dont il nous paie, on ne finirait pas, et il faut finir. Aubout de tout cela, fier de s’être nommé, il s’en vante. Je ne voispas trop là de quoi se vanter. Quand une fois on a pris son partisur certaine chose, on a peu de mérite à se nommer.

Pour vous, monsieur, qui gardiez par ménagement pour luil’anonyme qu’il vous reproche, nommez-vous, puisqu’il le veut;acceptez des honnêtes gens l'éloge qui vous estdù; montrez-leurle digne avocat de la cause juste, l’historien de la vérité, l’apolo-giste des droits de l’opprimé, de ceux du prince, de l’état et despeuples, tous attaqués par lui dans ma personne. Mes défenseurs,mes protecteurs sont connus; qu’il montre à son tour son ano-nyme et ses partisans dans cette affaire : il en a déjà nommédeux; qu’il achève. Il m’a fait bien du mal : il vouloit m’en fairebien davantage; que tout le monde commisse ses amis et lesmiens ; je ne veux point d’autre vengeance.

Recevez, monsieur, mes tendres salutations.

A MADAME LATOEIi.

A Motiers, le 11 août l7do.

Chère Marianne, vous êtes affligée, et je suis désarmé ; jem attendris en me représentant vos beaux yeux en larmes. Voslarmes sécheront, mais mes malheurs ne finiront qu’avec ma vie.Que cela vous engage désormais à les respecter, et à ne pluscompter avec mes défauts, car vous auriez trop à faire, et à monâge on ne se corrige plus de rien : les violents reproches m’indi-gnent et ne me subjuguent pas. J’avois rompu trop légèrementavec vous, j’avois tort ; mais en me peignant comme un monstre,vous ne m’auriez pas ramené; je vous au rois laissé dire et je meserais tu, car je savois bien que jen’étois pas un monstre. Quand