AHNÉE 1765. 111
servi avec toute la chaleur et tout le zèle d’un ami, et il a eu leplaisir de trouver tout le monde aussi bien disposé qu’il pouvoitle desirer. On me fait apercevoir bien agréablement que je ne suisplus en Suisse.
Je n’ai que le temps de vous marquer ce mot pour vous rassu-rer sur mon compte.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
AU MÊME.
Strasbourg, le 17 novembre 1763.
Je reçois, mon cher hôte, votre lettre n° 6. Vous aurez vu parles miennes que je renonce absolument au voyage de Berlin, dumoins pour cet hiver, à moins que milord maréchal, à qui j’aiécrit, ne fût d’un avis contraire. Mais je le connois ; il veut monrepos sur toute ehose, ou plutôt il ne veut que cela. Selon touteapparence, je passerai l’hiver ici. On ne peut rien ajouter auxmarques de bienveillance, d’estime, et même de respect, qu’on m’ydonne, depuis M. le maréchal et les chefs du pays, jusqu’aux der-niers du peuple. Ce qui vous surprendra est que les gens d’églisesemblent vouloir renchérir encore sur les autres. Ils ont l’air deme dire, dans leurs manières : Distinguez-nous de vos ministres;vous vogez que nous ne pensons pas comme eux.
Je ne sais pas encore de quels livres j’aurai besoin ; cela dé-pendra du choix de ma demeure : mais, en quelque lieu que cesoit, je suis absolument déterminé à reprendre la botanique. Enconséquence, je vous prie de vouloir bien faire trier d’avance tousles livres qui en traitent, figures et autres, et les bien encaisser.Jevoudrois aussi que mes herbiers et plantes sèches y fussentjoints ; car, ne connoissant pas à beaucoup près toutes les plantesqui y sont, j’en peux tirer encore beaucoup d’instruction sur lesplantes de la Suisse, que je ne trouverai pas ailleurs. Sitôt que jeserai arrêté, je consacrerai le goût que j’ai pour les herbiers avous en faire un aussi complet qu’il me sera possible, et dont jetacheiai que vous soyez content.
Mon cher hôte, je ne donne pas ma confiance à demi : visitez,arrangez tous mes papiers, lisez et feuilletez tout sans scrupule. Jevous plains de l’ennui que vous donnera tout ce fatras sans choix,et je vous remercie de l’ordre que vous y voudrez mettre. Tâchezde ne pas changer les numéros des paquets, afin qu’ils nous ser-