CORRESPONDANCE.
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Je ne vois pas sans inquiétude votre commerce avec M. Miso-prist; j’ai peur qu’il n’en résulte enfin quelque chagrin pourvous. Je ne vous conseille point de faire imprimer son manuscrit;quant à la lettre véritable, ce peut être une plaisanterie sans consé-quence. Cependant je trouve qu’il est au-dessous de vous de vousoccuper de ce cuistre de Montmollin, et de sa vile séquelle. Ou-bliez que toute cette canaille existe; ces gens-là n’ont du senti-ment qu’aux épaules, et l'on ne peut leur répondre qu’à coups debâton. Je ne sais ce qu’a dit le moine Bergeron, et ne m’en soucieguère. Quand vous aurez prouvé que tous ces gens-là sont des fri-pons, vous n’aurez dit que ce que tout le monde sait. Cependantn’oubliez pas de rassembler toutes les pièces qui me regardent, etde me les envoyer quand vous en aurez l’occasion. Je n’ai vuqu’une seule des lettres de Voltaire dont vous me parlez ; c’est,je crois, la dix-septième ou dix-huitième lettre. Je n’ai point vunon plus la prétendue lettre du roi de Prusse, à moi adressée ;et pourquoi vous l’attribuez à M. Horace Walpole, c’est ce queje ne sais point du tout.
On travaille ici à traduire vos lettres, et j’ai donné pour celamon exemplaire corrigé comme j’ai pu ; mais l’ouvrage va si len-tement, et la traduction est si mauvaise, que j’aimerois, je crois,presque autant que tout cela ne parût point du tout. Rey auroitdésiré les avoir pour les imprimer, et je vous avoue que je suissurpris que vous ne vous serviez pas de lui pour toutes ces pe-tites pièces, dont vous pourriez vous faire envoyer des exemplai-res par la poste, plutôt que des imprimeurs autour de vous, qui,environnés des pièges de nos ennemis, y sont infailliblement pris,soit comme fripons, soit comme dupes. II me paraît certain queFélice a supprimé vos lettres avec autant de soin qu’il a répanducelles de ce misérable. On trouve partout les siennes ; on n’en-tend parler des vôtres nulle part, et assurément ce n'est pas lapréférence du mérite qui fait ici celle du cours. Ou n’imprimezrien, ou n’imprimez qu’au loin, comme j’ai fait.
J’attends aujourd’hui M. Guinand, avec qui je prendrai des ar-rangements pour notre correspondance. J’espère vous écrire en-core avant mon départ ; cependant je ne puis causer tranquille-ment avec vous que de ma retraite.
Je ne sais pas trop ce que signifie Misoprist ; il me paraît qu’ilsignifie ennemi de je ne sais quoi, quoique je m’en doute et vousaussi.