ANNÉE 1766 .
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A M. D’iVEBNOIS.
Chiswick, le 25 lévrier 1766.
Je reçois, monsieur, votre lettre du 1 er de ce mois. Je sens ladouleur qu’a du vous causer la perte de madame votre mère, etl’amitié me la fait partager. C’est le cours de la nature, que lesparents meurent avant leurs enfants, et que les enfants de ceux-cirestent pour les consoler. Vous avez dans votre famille et dansvos amis de quoi ne vous laisser sentir d’une telle perte que ceque votre bon naturel ne lui peut refuser.
Vous n’avez pas dû penser que je voulusse être redevable àM. de Voltaire de mon rétablissement. Qu’il vous serve utile-ment, et qu’il continue au surplus ses plaisanteries sur moncompte ; elles ne me feront pas plus de chagrin que de mal. J’au-rois pu m’honorer de son amitié s’il en eût été capable ; je n’au-rois jamais voulu de sa protection : jugez si j’en veux, après cequi s’est passé. Son apologie est pitoyable: il ne me croit pas sibien instruit. Parlez-lui toujours de ma part en termes honnêtes ;n’acceptez ni ne refusez rien. Le moins d’explication que vousaurez avec lui sur mon compte sera le mieux, à moins que vousn’aperceviez clairement qu’il revient de bonne foi; mais il a tousles torts, il faut qu’il fasse toutes les avances ; et voilà ce qu’ilne fera jamais. Il veut pardonner et protéger : nous sommes fortloin de compte.
Je ne connois point M. de Guerchy, ambassadeur de France encette cour ; et, quand je le connoitrois, je doute que sa recomman-dation ni celle d’un autre fût de quelque poids dans vos affaires.Votre sort est décidé à Versailles. M. de Beauteville ne fera qu’exé-cuter l’arrêt prononcé. Toutefois je tente de lui écrire, quoiqueje sois très peu connu de lui. Je voudois qu’il vous connût et qu’ilvous aimât, ce qui est à peu près la même chose. Une lettre sertau moins à faire connoissance : vous pourrez donc lui rendre lamienne après l’avoir cachetée, si vous le jugez à propos. Je vousl’envoie à Bordeaux pour plus de sûreté; mais surtout n’en par-lez ni ne la montrez à personne. Je vous en ferai peut-être passerà Genève un double par duplicata, pour plus de sûreté.
Je vous suis obligé de votre lettre de crédit : je serai peut-êtredans le cas d’en faire usage. Selon mes arrangements avec M. DuPeyrou, il a écrit à son banquier de me donner l'argent que je luidemanderois. Je iui ai demandé vingt-cinq louis; il ne m’a fait
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