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Tome huitième.
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138 CORRESPONDANCE,

l’assignation, et vous voyez que cette voie est la plus promptepour cet effet. Je ne voulois pas m’éloigner de Londres que je nefusse bien pourvu d'argent, à cause du temps qu'il me faudrapour m’ouvrir des correspondances sûres et commodes pour enrecevoir. En attendant, j’ai été faire une promenade dans la pro-vince de Surrey, où j’ai été extrêmement tenté de me fixer ; maisle trop grand voisinage de Londres, ma passion croissante pourla retraite, et je ne sais quelle fatalité qui me détermine indépen-damment de la raison, m’entraînent dans les montagnes de Der-byshire, et je compte partir mercredi prochain pour aller finirmes jours dans ce pays-là. Je brûle d’y être pour respirer aprèstant de fatigues et de courses, et pour m’entretenir avec vous plusà mon aise que je n’ai pu faire jusqu’à présent. Je décrirai monhabitation, moii cher fuite, dans l’espoir de vous y voir quelquejour user de votre droit, puis user davantage du mien dans la vô-tre. Si cette douce idée ne me consoloit dans ma tristesse, jecraindrois que l’air épais de cette île ne prit à la fin trop sur monhumeur.

M. Hume m’a donné l’adresse ci-jointe pour son ami M. Wal-pole, qui part de Paris dans un mois d’ici ; mais, par des raisonstrop longues à déduire par lettres, je voudrois qu’on n’employâtcette voie que faute de tout autre. On m’a parlé de la prétenduelettre du roi de Prusse, mais on ne m’avoit point dit qu’elle eûtété répandue par M. Walpole ; et quand j’en ai parlé à M. Hume,il ne m’a dit ni oui ni non.

Je n’entends point parler des traductions de vos lettres :M. Hume m’a pourtant dit qu’elles alloient leur train ; mais on nem’a rien montré. Ces relations ne peuvent faire aucune sensationdans ce pays, où l’on ne sait pas même que j’ai eu des affaires àNeuchâtel, dont les prêtres ne sont connus que par le sort du pau-vre Petit-Pierre. Ces misérables sont partout si méprisés, que s’oc-cuper d’eux, c’est grêler sur le persil. Croyez-moi, oubliez-lestota-lement ; à quelque prix que ce soit, ils sont trop honorés de notresouvenir. On sait ici que j’ai été persécuté à Genève, et l’on enest indigné. Le clergé anglois me regarde à peu près comme uncoufesseur de la foi. Du reste, il se tient ici, comme dans toutegrande ville, beaucoup de propos ineptes, bons et mauvais. Lepublic en général ne vaut pas la peine qu’on s’occupe de lui.

Comment va votre bâtiment? Est-il confirmé que vous aurez de