ANNÉE 1766 . 139
l’eau? Quoique absent, je m’intéresserai toujours à votre de-meure, et mon cœur y habitera toujours.
A M. HUME.
Wootton, le 22 mars 1766.
Vous voyez déjà, mon cher patron, par la date de ma lettre,que je suis arrivé au lieu de ma destination ; mais vous ne pouvezvoir tous les charmes que j’y trouve : il faudroit connoître le lieuet lire dans mon cœur. Vous y devez lire au moins les sentimentsqui vous regardent, et que vous avez si bien mérités Si je vis danscet agréable asile aussi heureux que je l’espère, une des douceursde ma vie sera de penser que je vous les dois. Faire un hommeheureux, c'est mériter de l’être. Puissiez-vous trouver en vous-même le prix de tout ce que vous avez fait pour moi ! Seul, j’au-rois pu trouver de l’hospitalité peut-être ; mais je ne l’aurois ja-mais aussi bien goûtée qu’en la tenant de votre amitié. Conservez-la-moi toujours, mon cher patron; aimez-moi pour moi qui vousdois tant, pour vous-même ; aimez-moi pour le bien que vousm’avez fait. Je sens tout le prix de votre sincère amitié ; je la de-sire ardemment ; j’y veux répondre par toute la mienne, et je sensdans mon cœur de quoi vous convaincre un jour qu’elle n’est pasnon plus sans quelque prix. Comme, pour des raisons dont nousavons parlé, je ne veux rien recevoir par la poste, je vous prie,lorsque vous ferez la bonne œuvre de m’écrire, de remettre votrelettre à M. Davenport. L’affaire de ma voiture n’est pas arrangée,pareeque je sais qu’on m’en a imposé : c’est une petite faute quipeut n’ètre que l’ouvrage d’une vanité obligeante, quand elle nerevient pas deux fois. Si vous y avez trempé, je vous conseillede quitter, une fois pour toutes, ces petites ruses, qui ne peuventavoir un bon principe quand elles se tournent en pièges contre lasimplicité. Je vous embrasse, mon cher patron, avec le mêmecœur que j’espère et desire trouver en vous.
AU MÊME.
Woottor., le 29 mars 1766.
Vous avez vu, mon cher patron, par la lettre que M. Daven-port a du vous remettre, combien je me trouve ici placé selon mongoût. J’v serois peut-être plus à mon aise si l’on y avoit pour moimoins d’attentions ; mais les soins d’un si galant homme sont trop