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ANNÉE 17G6.
dation, et l’y portant vous-même, il y aura bien du malheur sivous n'avez pas lieu tous deux d’en être contents. J’y gagneraibeaucoup moi-même, si elle vous procure du loisir pour me venirvoir. J’imagine que si vous préveniez de ce dessein 31. Du Pey-vou, il ne seroit pas impossible que vous fissiez le voyage ensem-ble, en l’avançant ou retardant, selon qu’il conviendroit à tousdeux. J'ai grand besoin d’épancher mon cœur, et de consulter de■vrais amis sur ma situation. Je croyois être à la fin de mes mal-heurs, et ils ne font que de commencer. Livré sans ressource à defaux amis, j’ai grand besoin d’en trouver de vrais qui me conso-lent et qui me conseillent. Lorsque vous voudrez partir, avertis-sez-m'en d’avance, etmandez-moi si vous passerez par Paris ; j’aides commissions pour ce pays-là que des amis seuls peuventfaire. Je ne saurois, quant à présent, vous envoyer de procura-tion, n’avant point ici aux environs de notaire, surtout qui parlefrançois, et étant bien éloigné de savoir assez d’anglois pour diredes choses aussi compliquées. Comme l’affaire ne presse pas, elles’arrangera entre nous lors de votre voyage. En attendant, veil-lez à vos affaires particulières et publiques. Songez bien plus auxintérêts de l’état qu’aux miens. Que votre constitution se réta-blisse, s’il est possible ; oubliez tout autre objet, pour ne songerqu’à celui-là; et du reste pourvoyez-vous de tout ce qui peutrendre votre voyage utile autant qu’il peut l'être à tous égards.
Vous m’obligerez de communiquer à M. Du Peyrou cette let-tre, du moins le commencement. Je suis très en peine pour éta-blir de lui à moi une correspondance prompte et sure. Je necon-nois que vous en qui je me fie, et qui soyez posté pour cela ; maisun expédient aussi indiscret ne se propose guère, et ne peut avoirque la nécessité pour excuse. Au reste, nous sommes sûrs les unsdes autres ; renonçons à de fréquentes lettres que l’éloignement,expose à trop de frais et de risques ; n’écrivons que quand la né-cessité le requiert; examinons bien le cachet avant de l'ouvrir,l’état des lettres, leurs dates, les mains par où elles passent. Sion les intercepte encore, il est impossible qu’avec ces précau-tions ces abus durent long-temps. Je ne serois pas étonné quecelle-ci fût encore ouverte et même supprimée, pareeque la posteétant loin d’ici, il faut nécessairement un intermédiaire entre elleet moi; mais, avec le temps, je parviendrai à désorienter les cu-rieux ; et, quant à présent, ils n’en apprendront pas plus qu’ilsd’en savent. Je vous embrasse de tout mon cœur.