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CORRESPONDANCE.
A MILORD STRAFFORD.
Woolton, 3 avril 17 66 .
Les témoignages de votre souvenir, milord, et de vos bontéspour moi, me feront toujours autant déplaisir que d’honneur. J’airegret de n’avoir pu profiter à Chiswiek de la dernière promenadeque vous y avez faite. J’espère réparer bientôt cette perte en cepays. Je voudrais être plus jeune et mieux portant, j’irois vousrendre quelquefois mes devoirs en Yorkshire; mais quinze lieuessont beaucoup pour un piéton presque sexagénaire ; car dès que jesuis une fois en place, je ne voyage plus pour mon plaisir autre-ment qu’à pied. Toutefois je ne renonce pas à cette entreprise, etvous pouvez vous attendre à voir quelque jour un pauvre garçonherboriste aller vous demander l’hospitalité. Pour vous, milord,qui avez des chevaux et des équipages, si vous faites quelquepèlerinage équestre dans ce canton, et quelque station dans lamaison que j’habite, outre l'honneur qu’en recevra le maître dulogis, vous ferez une œuvre pie en faveur d’un exilé de la terreferme, prisonnier, mais bien volontaire, dans le pays de la li-berté. Agréez, milord, je vous supplie, mes salutations et monrespect.
A MADAME LA COMTESSE DE BOUFFLEHS.
A WooUon, le 8 avril 1766.
Vous avez assurément, madame, et vous aurez toute ma vie, ledroit de me demander compte de moi. J’attendois, pour remplirun devoir qui m’est si cher, qu’arrivé dans un lieu de repos,j’eusse un moment à donner à mes plaisirs. Grâce aux soins de31. Hume, ce moment est enfin venu, et je me hâte d’en profiter.J’ai cependant peu de chose à vous dire sur les détails que vousme demandez. Vivant dans un pays dont j’ignore la langue, ettoujours sous la conduite d'autrui, je n’ai guère qu’à suivre lesdirections qu’on me donne. D’ailleurs, loin du monde et de la ca-pitale, ignorant tout ce qu’on y dit, et ne désirant pas l’appren-dre, je sais ce qu’on veut me dire, et rien de plus. Peu de genssont moins instruits que moi de ce qui me regarde,
Les petits événements de mon voyage ne méritent pas, ma-dame, de vous en occuper. Durant la traversée de Calais à Dou-vres, qui se fit de nuit et dura douze heures, je fus moins ma-