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Tome huitième.
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ANNÉE 1760. 157

partout où ma conduite est connue, elle m’attire l’iionneur quim’est dû. Cependant si le public françois eût été aussi prompt àmal juger que le vôtre, il en eût eu le même sujet. L’année der-nière , on fit courir à Genève un libelle affreux sur ma conduite;»Paris. Pour toute réponse, je fis imprimer ce libelle àParis même.Il y fut reçu comme il méritoit de l’être, et il semble que toutce que les deux sexes ont d’illustre et de vertueux dans cettecapitale ait voulu me venger par les plus grandes marquesd’estime des outrages de mes vils ennemis.

Vous direz, milord, qu’on me connoît à Paris et qu’on ne meconnoit pas à Londres : voilà précisément de quoi je me plains.On n’ôte point à un homme d’honneur, sans le connoitre et sansl’entendre, l’estime publique dont il jouit. Si jamais je vis enAngleterre aussi long-temps que j’ai vécu en France, il faudrabien qu’enfin votre public me rende son estime ; mais quel gré luien saurai-je lorsque je l’y aurai forcé?

Pardonnez, milord, cette longue lettre ; me pardonneriez-vousmieux d’être indifférent à ma réputation dans votre pays? LesAnglois valent bien qu’on soit fâché de les voir injustes, et qu’a-fin qu’ils cessent de l’être, ou leur fasse sentir combien ils le sont.Milord, les malheureux sont malheureux partout. En France, onles décrète ; en Suisse, on les lapide ; en Angleterre, on les désho-nore : c’est leur vendre cher l’hospitalité.

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A M.

Avril 17Ü6.

.t’apprends, monsieur, avec quelque surprise, de quelle ma-nière on me traite à Londres, dans un public plus léger que jen’auvois cru. 11 me semble qu’il vaudroit beaucoup mieux refu-ser aux infortunés tout asile que de les accueillir pour les insul-ter ; et je vous avoue que l’hospitalité vendue au prix du es-honneur me paroittrop chère. Je trouve aussi q»»e, pour juger unhomme qu’on ne connoit point, il faudroit s’en rapporter à ceuxqui le commissent ; et il me paroît bizarre qu’emportant de tousles pays où j’ai vécu l’estime et la considération des honnêtesgens et du public, l’Angleterre, où j’arrive, soit le seul où on mela refuse. C’est en même temps ce qui me console : l’accueil queje viens de recevoir à Paris, où j’ai passé ma vie, me dédommagede tout ce qu’on dit à Londres. Comme les Anglois, un peu

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