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Tome huitième.
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156
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CORRESPONDANCE.

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A LORD

Wootton, le 19 avril 1766.

Je.ne saurais, milord, attendre votre retour à Londres pourvous faire les remercîments que je vous dois. Vos bontés m’ontconvaincu que j'avois eu raison de compter sur votre générosité.Pour excuser l’indiscrétion qui m’y a fait recourir, il suffit de je-ter un coup d'œil sur ma situation. Trompé par des traîtres qui,ue pouvant me déshonorer dans les lieux où j’avois vécu, m’ontentraîné dans un pays où je suis inconnu et dont j’ignore la lan-gue, afin d’y exécuter plus aisément leur abominable projet, jeme trouve jeté dans cette ile après des malheurs sans exemple.Seul, sans appui, sans amis, sans défense, abandonné à la témé-rité des jugements publics, et aux effets qui en sont la suite or-dinaire , surtout chez un peuple qui naturellement n'aime pas lesétrangers, j’avois le plus grand besoin d’un protecteur qui ne dé-daignât pas ma confiance ; et où pouvois-je mieux le chercher queparmi cette illustre noblesse à laquelle je me plaisois à rendrehonneur, avant de penser qu’un jour j’aurois besoin d’elle pourm’aider à défendre le mien?

Vous me dites, milord, qu’après s’ètre un peu amusé, votrepublic rend ordinairement justice; mais c’est un amusement biencruel, ce me semble, que celui qu’on prend aux dépens des in-fortunés, et ce n’cst pas assez de finir par rendre justice quandon commence par en manquer. J’apportois au sein de votre nationdeux grands droits qu’elle eût dû respecter davantage : le droitsacré de l’hospitalité, et celui des égards que l’on doit aux mal-heureux ; j’y apportais l’estime universelle, et le respect même demes ennemis. Pourquoi m’a-t-on dépouillé.chez vous de tout cela?Qu’ai-je fait pour mériter un traitement si cruel? En quoi mesuis-je mal conduit à Londres, où l’on me traitait si favorable-ment avant que j’y fusse arrivé? Quoi! milord, des diffamationssecrètes, qui ne devraient produire qu’une juste horreur pour lesfourbes qui les répandent, suffiraient pour détruire l’effet de cin-quante ans d’honneur et de mœurs honnêtes! Non, les pays oùje suis connu ne me jugeront point d’après votre public mal in-struit; l’Europe entière continuera de me rendre la justice qu’onme refuse en Angleterre; et l’éclatant accueil que, malgré le dé-cret, je viens de recevoir à Paris à mon passage, prouve que