CORRESPONDANCE.
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je ne veux pas vous dissimuler qu’il y en a d’autres , et que,comme dans toutes les choses de la vie, les avantages y sont mê-lés d’inconvénients. Ceux du climat sont grands : il est tardif etfroid ; le pays est beau, mais triste ; la nature y est engourdieet paresseuse ; à peine avons-nous déjà des violettes, les arbresn’ont encore aucunes feuilles ; jamais on n’y entend de rossignols ;tous les signes du printemps disparoissent devant moi. Mais negâtons pas le tableau vrai que je viens de faire ; il est pris dans lepoint de vue où je veux vous montrer ma demeure, afin que vosidées s’y promènent avec plaisir. Ce n’est qu’auprès de vous,madame, que je pouvois trouver une société préférable à la soli-tude. Pour la former dans cette province, il y faudrait transpor-ter votre famille entière, une partie de Neuchâtel, et presquetout Yverdun. Encore, après cela, comme l’homme est insatiable,me faudroit-il vos bois, vos monts, vos vignes, enfin tout jus-qu’au lac et ses poissons. Bonjour, madame; mille tendres salu-tations à M. de Luze. Parlez quelquefois avec madame de Fro-ment et madame de Sandoz de ce pauvre exilé. Pourvu qu’il nele soit jamais de vos cœurs, tout autre exil lui sera supportable.
A H. DE LUZE.
AVootton, le 10 mai 1766.
Quoique ma longue lettre à madame de Luze soit, monsieur,à votre intention comme à la sienne, je ne puis m’empêcher d’yjoindre un mot pour vous remercier et des soins que vous avezbien voulu prendre pour réparer la banqueroute que j’avois faiteà Strasbourg sans en rien savoir, et de votre obligeante lettre du10 avril. J’ai senti, à l’extrême plaisir que m’a fait sa lecture,combien je vous suis attaché, et combien tous vos bons procédéspour moi ont jeté de ressentiments dans mon ame. Comptez, mon-sieur, que je vous aimerai toute ma vie, et qu’un des regrets quime suivent en Angleterre est d’y vivre éloigné de vous. J’ai formédans votre pays des attachements qui me le rendront toujourscher, et le désir de m'y revoir un jour, que vous voulez bien metémoigner, n’est pas moins dans mon cœur que dans le vôtre :mais comment espérer qu’il s'accomplisse? Si j’avois fait quelquefaute qui m’eut attiré la haine de vos compatriotes, si je m’étoismal conduit en quelque chose, si j’avois quelque tort à me re-procher, j’espérerais, en le réparant, parvenir à le leur faire ou-