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Tome huitième.
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ANNÉE 1766. 167

plaindre, ou que le prince eut été moins généreux : toutes les at-tentions étaient pour moi ; M. Hume était oublié en quelque sorte,ou invité à y concourir. Il était clair que cette préférence d’hu-manité dont j’étois l’objet en montroit pour lui une beaucoup plusflatteuse : c’était lui dire : Mon ami Hume-, aidez-moi à marquerde la commisération à cet infortuné. Mais son cœur jaloux futtrop bête pour seutir cette distinction-là.

Nous partons. Il était si occupé de moi, qu’il en partait mêmedurant son sommeil : vous saurez ci-après ce qu’il dit à la pre-mière couchée. Eu débarquant à Douvres, transporté de toucherenfin cette terre de liberté, et d’y être amené par cet homme il-lustre, je lui sautai au cou, je l’embrassai étroitement sans riendire, mais en couvrant son visage de baisers et de pleurs. Ce n’estpas la seule fois ni la plus remarquable où il ait pu voir en moiles saisissements d’un cœur pénétré. Je ne sais pas trop ce qu’ilfait de ces souvenirs, s’ils lui viennent; mais j’ai dans l’espritqu’il en doit quelquefois être importuné.

Nous sommes fêtés arrivant à Londres ; dans les deux cham-bres , à la cour même, on s’empresse à me marquer de la bien-veillance et de l’estime. M. Hume me présente de très bonne grâceà tout le monde ; et il était naturel de lui attribuer, comme jefaisois , la meilleure partie de ce bon accueil. L’affluence me faittrouver le séjour de la ville incommode : aussitôt les maisons decampagne se présentent en foule ; on m’en offre à choisir danstoutes les provinces. M. Hume se charge des propositions ; il meles fait, il me conduit même à deux ou trois campagnes voisines;j’hésite long-temps sur le choix ; je me détermine enfin pour cetteprovince. Aussitôt M. Hume arrange tout, les embarras s’apla-nissent; je pars, j arrive dans une habitation commode, agréableet solitaire : le maître prévoit tout, rien ne me manque ; je suistranquille, indépendant. Voilà le moment si désiré où tous mesmaux doivent finir : non, c’est là qu’ils commencent plus cruelsque je ne les avois encore éprouvés.

Peut-être n’ignorez-vous pas, monsieur, qu’avant mon arrivéeen Angleterre, elle était un des pays de l’Europe oii j’avois le plusde réputation, j’oserois presque dire de considération ; les pa-piers publics étaient pleins de mes étages, et il n’y avoit qu’un crid’indignation contre mes persécuteurs. Ce tou se soutient à monarrivée ; les papiers l'annoncèrent en triomphe; l’Angleterre s'ho-noroit d’être mon refuge , et elle en glorifioit avec justice ses tais